En route vers des élections référendaires

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Les libéraux cherchaient activement un thème de campagne électorale au début de l'hiver. Finalement, ce sont les étudiants qui le leur ont donné. L'échec des négociations sur la crise étudiante nous mène tout droit vers une campagne électorale à la fin d'août, sur le thème des droits de scolarité. Les péquistes accuseront les libéraux de s'être fabriqué une crise pour déclencher des élections. Les libéraux feront valoir qu'ils ont tenté en vain de conclure une entente avec les étudiants, tout en protégeant l'avenir des universités et du retour au déficit zéro prévu pour 2013.

La campagne sera donc référendaire: Jean Charest répétera qu'un gouvernement péquiste cédera aux pressions des étudiants et des syndicats et qu'il enverra la facture aux contribuables. Il a d'ailleurs tenu ce discours hier à la période de questions en citant une entrevue de Pauline Marois en fin de semaine à Radio-Canada, dans laquelle elle n'écartait pas la possibilité d'une hausse d'impôts pour financer un gel des droits de scolarité.

Mme Marois a corrigé le tir et affirmé qu'il n'était pas question de hausser les impôts, mais le discours des libéraux ne changera pas. Comptez sur eux pour distribuer le compte rendu de cette entrevue et accuser Mme Marois d'avoir un «agenda caché». Les libéraux se frottaient les mains de satisfaction hier après-midi et clamaient que la chef du Parti québécois, en tenant ces propos, leur a «donné une poignée» qu'ils n'auraient même pas osé espérer dans leurs rêves les meilleurs.

Il n'est pas question, selon eux, de déclencher des élections tout de suite pour le début juillet et d'aller se faire dénoncer par les artistes sur les scènes de la fête nationale. C'est autour du congrès annuel des jeunes libéraux, qui marque la rentrée politique à la mi-août, que Jean Charest lancera le signal de départ si la fenêtre de l'automne est toujours favorable. Des élections qui se tiendraient donc avant que les travaux de la commission Charbonneau n'explorent véritablement les scandales qui ont secoué le monde de la construction et de la politique au cours des deux dernières années.

Et puis, de toute manière, si Jean Charest doit perdre ces élections, il doit sans doute préférer obtenir ce verdict sur une question budgétaire que sur la corruption dans la construction.

La table est donc bien mise pour des élections en septembre, et la campagne sera houleuse. Du côté gouvernemental, on estime que cette campagne mettra les libéraux en opposition avec les centrales syndicales et notamment la FTQ, qui a pourtant pris ses distances du Parti québécois dans le passé.

L'offensive contre la FTQ-Construction de la ministre Lise Thériault sur le placement des travailleurs a rompu les liens entre le gouvernement et la puissante centrale syndicale. Les libéraux estiment que c'est la raison pour laquelle la FTQ a suivi l'exemple de la CSN et de la CSQ, qui ont financé la campagne des étudiants contre la hausse des droits de scolarité. Il y aura donc un règlement de comptes.

D'ici là, quel sera le climat dans les rues de Montréal? Jean Charest a répondu hier qu'un gouvernement ne cède pas au chantage. Les libéraux estiment que les derniers jours ont montré un certain essoufflement dans les manifestations. En fait, c'est surtout que les manifestants tapent maintenant sur les casseroles au lieu de casser des vitrines et de s'en prendre aux policiers. Mais si j'étais policier, je ne prévoirais pas de longues vacances cet été. Et si j'étais journaliste non plus...

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