L'expulsion des diplomates annoncée par le ministre des Affaires étrangères, John Baird, et l'imposition de sanctions économiques par le Canada et nombre d'autres pays paraissent une réponse timide à la répression imposée par le régime de Bachar Al-Assad.
Malheureusement, le chemin de Damas sera long et pénible, et toute solution militaire aux massacres en cours se terminerait par une guerre civile encore plus sanglante.
Réglons d'abord le cas de la ligne dure prônée par certaines bonnes âmes. Contrairement à Kadhafi, Assad peut se défendre contre toute attaque aérienne.
Sur le plan géopolitique, il faut constater que l'or noir attire les convoitises. La guerre contre l'Irak s'est déroulée sur fond de pétrole, comme le disait Jean Chrétien.
J'ajoute : tout comme l'attaque sur la Libye. Les grandes puissances manifestent moins d'empressement pour déloger les dictatures non pétrolières. Comme en Syrie, qui rapporteront peu à leurs entreprises multinationales.
N'oubliez pas qu'au lendemain de la chute du Tunisien Ben Ali, le marché boursier local a chuté sous prétexte de l'incertitude économique qui régnait alors sur le pays : belle manière d'encourager la libération des peuples.
Il faut toujours se méfier de ses souhaits : les Égyptiens fraîchement libérés et démocratisés ont maintenant le choix à la présidence entre un militant islamique et un suppôt de la dictature de Moubarak, une solution perdant-perdant pour les militants du Printemps arabe.
Les Nations Unies ont jusqu'ici échoué à calmer le jeu en Syrie. Le plan de paix élaboré par Kofi Annan n'a pas tenu plus longtemps qu'il ne fallait pour en comprendre l'utopie, dans le contexte.
La Russie, elle, impose par anticipation son veto à toute intervention musclée dans ce pays. Moscou joue le chaud et le froid dans ce dossier, alliant les formules imposées pour déplorer les tueries et son soutien traditionnel au régime des Assad père et fils, un appui qui remonte à la guerre froide.
Les Américains, tout choqués soient-ils par les événements, ne bougeront pas plus, question de ne pas affronter en direct la Russie de Vladimir Poutine. Les bons comptes font les bons amis, sur la scène internationale.
La crise actuelle a déjà provoqué plus de 10 000 morts en Syrie depuis janvier 2011. Mais le gouvernement jouit toujours de nombreux appuis dans la population.
Les minorités religieuses et ethniques, par exemple, redoutent l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement dirigé par la majorité sunnite : opprimée depuis des décennies, elle voudra reprendre sa place, règlements de comptes inclus.
Et cela sans oublier l'intrusion dans le mouvement de révolte de groupes terroristes proches d'Al-Qaida, qui cherchent avant tout à déstabiliser le Moyen-Orient dans son ensemble.
Isoler le régime en place sans provoquer une recrudescence de la violence, voilà un bien grand défi pour les Nations Unies. La stratégie initiale d'exiger le départ d'Assad, quitte à lui garantir un refuge, n'a rien donné.
Il ne quittera pas le pouvoir de son propre gré. Il faudra plutôt asphyxier son gouvernement sous les sanctions économiques et politiques, et apprendre la patience.
Il aura fallu plus de 40 ans pour mettre fin à l'apartheid, en Afrique du Sud, et autant pour abattre le rideau de fer en Europe. Le cas syrien se réglera par une multitude de petits pas pour en arriver à un éventuel gouvernement de transition.