Même chose mardi soir : les journalistes ont dû rédiger leurs reportages entourés d'une bande de manifestants bruyants, jouant de la casserole et scandant «corruption, démission». Lorsque le représentant du Devoir Antoine Robitaille a levé le ton pour avoir la paix, un manifestant l'a pris à partie. Le journaliste de La Presse Canadienne Patrice Bergeron a été obligé d'intervenir. Mon collègue du Soleil Simon Boivin a rédigé son article dans le même contexte, avec en plus des manifestants qui lui collaient dans le dos et tentaient de voir ses écrits. Aux négociations du 4 mai dernier, le journaliste Robert Plouffe de TVA a fait ses «directs» dans le même contexte, avec en bruit de fond les insultes de manifestants à l'endroit de Québecor.
Pourquoi vous raconter tout ça? Pour vous expliquer qu'il est difficile de garder sa belle «objectivité» dans de telles circonstances.
Ce ne sont pas tous les manifestants qui affichent un tel comportement. C'est une minorité. Mais c'est cette même minorité qui profite de la situation pour écoeurer le monde. Je ne parle pas ici des casseurs, c'est une autre affaire. Je parle de ceux qui se croient autorisés d'insulter tout ce qui représente «l'ennemi», lorsqu'ils se retrouvent dans un groupe.
Hier, en visionnant une vidéo de mes collègues harcelés par les manifestants, mardi soir, je me suis dit que l'on devrait établir notre périmètre de travail. On pourrait y afficher une banderole annonçant des «journalistes au travail» et réclamant la «liberté de presse». Je doute cependant que les «fêlés» qui ont nui au travail des journalistes, mardi, respecteraient cet appel.
Tout ça pour vous dire que la loi de la rue, dont certains se réclament depuis trois mois, ouvre la porte à toutes sortes d'entorses aux droits fondamentaux comme la liberté de la presse ou d'opinions.
Hier, sur les ondes de RDI, les présidents de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) ont justifié l'appui financier de leurs centrales à la grève des étudiants. Louis Roy et Réjean Parent ont expliqué que leurs «instances» avaient approuvé cette décision. La CSN m'a envoyé copie de trois communiqués de presse annonçant une aide financière de 35 000 $ aux associations étudiantes, pour assumer le coût des autobus lors des grandes manifestations. Ces instances ont-elles consulté leurs membres avant d'engager leurs cotisations? Non!
Comme la plupart des journalistes du Québec, je suis membre de la Fédération nationale des communications (FNC), donc syndiqué à la CSN. La FNC était en congrès hier à Québec, et nous avait invités à la Soirée de la relève à 20h30 chez Mo Resto-Bar. Manque de pot, je travaillais sur le conflit étudiant. J'aimerais bien voir la face de ces «instances» si les manifestants, qui ont écoeuré leurs membres journalistes, la veille, avaient déplacé leurs casseroles chez Mo Resto-Bar hier soir.
La prochaine fois, peut-être que ces «instances» pourraient nous consulter... Il me semble qu'il y a là matière à réflexion pour le mouvement syndical.
P.S. En 2009, le gouvernement Charest a doublé le crédit d'impôt consenti pour les contributions à la Fondaction de la CSN pour l'aider à augmenter son capital. Vous devriez voir la réaction des libéraux, aujourd'hui, lorsqu'on leur rappelle ce beau geste...
«Une bataille à la fois», m'a dit l'un d'entre eux.