Le PLQ, un parti de somnambules

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Après des mois de crise étudiante, il y a plus de fissures apparentes sur le barrage de Manic-V que dans le Parti libéral du Québec.

Je vous défie de trouver une organisation plus disciplinée. À part une obscure secte de fanatiques de la Grande Pastèque universelle, peut-être?

À côté du Parti libéral, même l'état-major de l'armée passerait pour un repaire de bavards, d'insolents et de rebelles aux tendances anarchistes.

Quel est le secret? Hier, les députés libéraux défendaient bec et ongles la hausse prévue des droits de scolarité. Aujourd'hui, il suffirait que leur chef adoré change d'idée pour qu'ils se mettent aussitôt à défendre une hausse plus modeste. Ou carrément la position inverse. Tout cela sans le moindre état d'âme...

Vous croyez que j'exagère? Alors jetez un coup d'oeil sur cette vidéo, présentée lors du dernier conseil général du parti. (goo.gl/iyrG8)

Le ton est tellement triomphaliste que l'on croit d'abord à une farce. Digne d'un document de propagande des anciens pays de l'Est. Mais à la fin, il faut se rendre à l'évidence.

Le gouvernement a vraiment fini par croire à ses propres bonimenteries. Comme le vendeur de voitures usagées qui prend la fuite dans l'une de ses bagnoles mal rafistolées, en oubliant qu'il a trafiqué les freins et la direction...

Petit retour en arrière. En novembre 2010, lors d'un conseil général du parti, on se souviendra qu'un militant avait proposé de discuter de l'opportunité de déclencher une enquête publique sur l'industrie de la construction. Mal lui en prit. Pas un seul délégué n'a osé seconder sa proposition! Pas un seul! Sur 500!

Pour trouver plus soumis, il faut quasiment chercher dans l'univers sadomasochiste...

Ne souriez pas. Même les organisations mafieuses ne réussissent pas toujours à imposer un tel silence!

Qu'est devenu le Parti libéral des Jean Lesage, Georges-Émile Lapalme et Paul Gérin-Lajoie? Docteur, est-ce grave? On jurerait qu'il n'écoute plus qu'une poignée de commentateurs hystériques et la frange la plus bornée du milieu des affaires...

La semaine dernière, 62 députés libéraux ont ainsi voté pour l'infâme loi 78, qui restreint la liberté d'expression et le droit d'association.

Tout cela dans un climat d'amateurisme digne des préparatifs du bal de finissants dans une école de meneuses de claque prépubères. À cet égard, le comble aura été atteint par le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, citant tout de travers des chiffres sur l'encadrement du droit de manifester dans le monde. Le genre de présentation bâclée qui ne vaudrait même pas la note de passage dans un cours de rattrapage réservé aux cancres, mais qui déclenche désormais des tonnerres d'applaudissements à l'Assemblée nationale...

Des fois, la gestion libérale semble consister à naviguer de crise en crise, sans jamais perdre son enthousiasme. Pas étonnant que l'humour se charge parfois d'en ridiculiser les mécanismes...

«À l'approche des élections, le premier ministre Charest donne des conseils aux candidats libéraux :

- Il est possible que vous rencontriez des électeurs mécontents, explique-t-il. Sachez que la colère possède différents stades, qu'il faut apprivoiser.

Jean Charest s'empare ensuite d'un téléphone et il compose un numéro au hasard :

- Bonjour, pourrais-je parler à Jacques, s'il vous plaît?

- Vous faites erreur, il n'y a pas de Jacques à ce numéro, répond poliment une dame, à l'autre bout du fil.

Le premier ministre raccroche. Il recompose aussitôt le même numéro.

- Je vous ai déjà dit qu'il n'y a pas de Jacques ici! répond la dame.

Imperturbable, le premier ministre recompose le numéro une dizaine de fois. Jusqu'à ce que la dame lui raccroche au nez, après l'avoir abreuvé d'injures.

- On pourrait croire qu'il s'agit du stade ultime de la colère, conclut-il. Mais il n'en est rien. Car il existe un autre stade, où la colère laisse place à la stupeur et à la confusion. C'est lui qu'il faut viser pour être réélu.

Le premier ministre saisit le téléphone et il recompose le numéro :

- Bonjour Madame, je suis Jacques. Y a-t-il eu des messages pour moi?»

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