Le faiseur d'Olympiques

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Dans la course aux Jeux olympiques et événements de sport planétaires, il est de ceux qui peuvent faire la différence.

L'un des trois ou quatre faiseurs d'Olympiques avec Andrew Craig (Vancouver 2010, Sotchi 2014) et Jon Tibbs (Athènes 2004, Pékin 2008, Sotchi 2014).

Les récents succès de Mike Lee, président-fondateur de Vero Consulting Communications, parlent d'eux-mêmes: Londres 2012; Rio 2016; PyeongChang 2018.

Il a aidé le Qatar à obtenir la Coupe du monde de soccer 2020, malgré des avis techniques défavorables et contre toutes probabilités pour un minuscule pays dont l'équipe de soccer n'a jamais atteint le top 100 mondial.

Il conseille la Coupe du monde au Brésil en 2014, a fait admettre le rugby à sept aux Jeux de Rio, a le mandat d'amener le squash aux Jeux de 2020.

Il gravite autour de toutes les grandes décisions et de tous les grands événements. Un expert des communications et des relations olympiques. Un mélange d'audace, de créativité et de procédés parfois contestés lorsqu'ils visent à déstabiliser la ville rivale plutôt que de promouvoir la sienne.

Le genre de champion auquel Québec devra songer le jour où elle voudrait réussir une candidature olympique.

Incidemment, Mike Lee vient de passer la semaine à Québec au Congrès SportAccord. Il n'était pas sur les tribunes ni devant les caméras, mais s'activait en coulisse.

Je l'ai abordé une première fois en après-midi mercredi. Pas le bon moment, m'a-t-il fait comprendre. Il était à préparer son client pour l'annonce qui allait suivre quelques heures plus tard: le choix des finalistes pour les Jeux d'été de 2020.

Après la Coupe du monde 2022, allait-il réussir une seconde fois à faire passer la candidature du Qatar (Doha)?

Les signaux avant-coureurs étaient plutôt négatifs.

Doha demandait la faveur de présenter les Jeux en automne plutôt qu'en été, pour éviter aux athlètes et aux spectateurs les chaleurs extrêmes. Ça n'a pas plu au Comité international olympique (CIO).

Le rapport technique fait état de plusieurs autres faiblesses: transport, logement, doutes sur la vente de billets, lourd impact environnemental, manque d'expertise locale, etc.

Aussi habile et influent soit-il, Mike Lee, qui s'était associé pour l'occasion à son «rival» Andrew Craig, l'a cette fois échappé. Même les meilleurs ne gagnent pas toujours.

Doha n'est pas sur la short list pour 2020. Ce sera Istanbul, Tokyoou Madrid.

M. Lee n'avait pas le goût de parler ce soir-là. Vous ne pouvez pas savoir, dit-il, ce que c'est de travailler sur un bid et de consoler un client.

Peut-être pas, mais je me souviens avoir vu Québec pleurer deux défaites olympiques.

Je l'ai donc revu le lendemain.

Le résultat de la veille m'avait inspiré quelques questions:

Y a-t-il au départ de bonnes et de mauvaises candidatures ou seulement de bonnes et de mauvaises façons de les vendre? Ou encore, de bons et de mauvais timing pour une candidature?

L'ensemble de ces réponses, croit-il.

La bonne candidature est celle qui répond aux exigences techniques à un coût raisonnable.

La façon de la vendre fait aussi une grosse différence. Il faut que la candidature raconte une histoire et que cette histoire puisse rejoindre ceux qui votent et y voient l'héritage qui pourrait en résulter. Là réside tout l'art de la communication de Mike Lee.

Il y a aussi le timing, constate-t-il. Les règles (non écrites) de l'alternance. Les Jeux n'iront pas deux fois de suite sur un même continent.

Que faire avec la faiblesse d'une candidature? On essaie de la faire oublier en parlant d'autre chose ou on l'attaque de front?

«Pas question de la cacher.» De toute façon, ils la trouveront. Mieux vaut y faire face.

«Pour Rio, on savait que des opposants parleraient de sécurité. Alors, dès le début, on s'est assurés d'être très positifs avec la sécurité; on a travaillé de près avec les autorités...

On a essayé de trouver comment transformer une faiblesse en force.»

J'ai alors pensé à la montagne à Liguori au Massif. Le tracé envisagé répond aux exigences techniques de la Fédération internationale de ski, mais la faiblesse est l'absence de «wow».

Comment créer ce facteur «wow»?

C'est par là qu'il faudra reprendre le dossier si Québec veut revenir en course et que les règles de descente n'ont pas changé.

L'entente sur le partage des revenus de télé conclue jeudi entre le CIO et le Comité olympique des États-Unis (USOC) est une très mauvaise nouvelle pour ceux qui pouvaient rêver à des Jeux d'hiver à Québec à brève échéance.

L'entente permettra au mouvement olympique d'obtenir davantage d'argent, ce qui réjouira le CIO.

Cela signifie cependant le retour en force de villes américaines dans la course aux Jeux olympiques, après les années de froid qui ont suivi les défaites de New York (2012) et surtout de Chicago (2016).

Il devenait évident que la dispute sur le partage des revenus de télé nuisait aux candidatures des États-Unis, au point où le USOC avait renoncé à être sur les rangs.

Lorsque reviendra le tour de l'Amérique du Nord d'organiser des Jeux l'hiver ou d'été, il y «aura plus de compétition», a convenu sans détour Marcel Aubut.

On voit d'ailleurs se dessiner pour l'hiver 2022 des candidatures de Denver, Reno-Lake Tahoe-Sacramento et Salt Lake City.

Si les États-Unis obtiennent les Jeux de 2022 (forte possibilité), un retour en Amérique du Nord serait difficilement envisageable avant... 2034 en raison de la règle (non écrite) sur l'alternance

des continents.

Québec voudra-t-elle payer pour entretenir un vieux Colisée vide pendant tout ce temps, juste au cas où? J'en doute.

Ce qui veut dire que le jour où Québec voudrait redevenir candidate, il lui faudra construire un second amphithéâtre. Il me semble qu'on a déjà hâte!

J'avais assisté au Congrès SportAccord l'an dernier à Londres. J'avais bien compris que la langue officielle de l'organisation est l'anglais.

Je n'ai donc pas vu de scandale à ce que les documents, les ateliers et les présentations du congrès de Québec aient été unilingues en anglais.

Plus étonnante, peut-être, la timidité dans l'usage du français par le Belge Jacques Rogge, président du CIO.

Il a terminé sa conférence au Centre de foires par un long segment en anglais et a tenu un point de presse en anglais seulement sur l'entente CIO-USOC. Tout au plus a-t-il répondu en français aux questions en français sur son bilan de la semaine.

Le français est une des deux langues officielles du mouvement olympique. Qu'est-ce que ce serait sans cela?

Heureusement, il y aura Michaëlle Jean pour veiller sur l'usage du français aux Jeux de Londres. On se sent tout à coup plus rassurés. On sait que le français entre ses mains n'aura pas de prix...

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer