Monsieur le premier ministre...

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Je n'ai jamais été favorable à une intervention hâtive des premiers ministres dans les conflits comme celui des étudiants. Ils doivent éviter de jouer aux pompiers chaque fois que s'annonce un problème. Mais il arrive un point où seule l'intervention du premier ministre peut changer le cours des choses. Et je pense honnêtement qu'on est rendu là.

Dans ce genre de crise, c'est au chef du gouvernement qu'il incombe de jouer le rôle d'un «bon père de famille» et de réconcilier tout le monde. Je suis bien conscient que c'est la dernière carte, mais il se fait tard. Il est urgent que les étudiants du Québec apprennent de la bouche même de Jean Charest à quel endroit précisément il tire sa ligne dans un éventuel compromis.

Je suis également conscient que le débat porte aussi sur la loi 78, mais le conflit étudiant demeure la locomotive de cette crise. C'est donc ce conflit qu'il faut d'abord dénouer.

Je sais que le Parti québécois demande lui aussi à Jean Charest de s'asseoir avec les leaders étudiants et qu'il est difficile, dans un contexte conflictuel, de céder aux demandes de l'opposition. Mais personne ne reprochera au premier ministre de s'impliquer dans ce conflit qui a trop duré. Ce serait beaucoup mieux que le dialogue de sourds qui roule ces jours-ci en direct à la télévision.

J'ai cru un moment qu'un retour à l'entente de principe du 5 mai serait une solution, mais il est trop tard. Les parties doivent arriver avec de nouvelles propositions.

Le gouvernement a toujours un fort appui de la population sur la hausse des droits de scolarité. C'est de bonne foi que le dégel a été décidé. Si on a commis une erreur dans ce processus, c'est d'avoir décrété des hausses sur une période de cinq ans, au-delà du mandat accordé par l'électorat aux libéraux en décembre 2008. Il n'était pas nécessaire, aux fins de l'exercice budgétaire, de statuer sur les politiques du prochain gouvernement. Il serait donc tout à fait raisonnable, dans les circonstances, qu'un compromis avec les étudiants annule la hausse des droits de scolarité annoncée pour les quatre années suivant celle de l'année scolaire 2012-2013. C'est au prochain gouvernement élu qu'incombera la responsabilité de décider des droits de scolarité, après en avoir débattu devant l'électorat au cours de la prochaine campagne électorale.

Si le gouvernement laisse tomber les hausses des quatre dernières années prévues dans le budget, celle de la prochaine année scolaire devrait demeurer. Sous quelle forme? Nous entrons là dans des formalités qui devront être discutées. Mais s'il y a place au compromis également chez les étudiants, ils doivent comprendre que cette première augmentation tient à un principe important que le gouvernement est en droit d'appliquer et qui a des appuis au sein de la population.

Un vrai compromis devrait également comprendre un regard sérieux sur la gestion des universités. Le comité de surveillance prévu dans l'entente du 5 mai n'est pas la solution. Il y a eu trop d'erreurs ou d'abus dans la gestion de certaines universités pour leur accorder le privilège d'un acte de foi. Le gouvernement devrait confier à un groupe d'experts crédibles, comprenant des étudiants, le mandat de faire rapport sur la gestion de ces établissements, leurs politiques publicitaires, la multiplication des campus satellites, les salaires des recteurs et les conditions de travail des professeurs par rapport aux conditions misérables des chargés de cours.

Quant à la loi 78, elle ne sera plus nécessaire si une entente est conclue avec les étudiants.

Monsieur Charest, bienvenue à la table de négociations.

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