Le premier de classe

Marcel Aubut...

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Marcel Aubut

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Sa réponse est arrivée après un long détour: «Je ne pense pas à ces choses-là.»

Le ton était ferme, presque convaincant, mais je n'en ai rien cru. Je suis certain qu'il y pense. C'est juste qu'il serait inconvenant pour lui de le dire.

J'avais demandé à Marcel Aubut (photo) s'il convoitait un poste au Comité international olympique (CIO).

La question se pose. Cela semble une suite logique pour un président de comité national olympique comme lui, énergique et ambitieux.

Toute cette prodigalité avec laquelle il s'apprête à recevoir le président du CIO, Jacques Rogge, la semaine prochaine à Québec.

On savait que Me Aubut ne fait jamais les choses à moitié, mais, cette fois, il se surpasse avec plus de 4000 convives de haut rang pour un lunch-événement inédit au Centre de foires.

La conférence de M. Rogge permettra d'amasser un demi-million de dollars pour les jeunes athlètes du pays. Ce fut l'argument de M. Aubut pour convaincre le président du CIO d'accepter l'invitation, lui qui y est habituellement réticent. Une bonne cause, donc.

Mais d'autres intérêts sont en jeu.

Treize des 15 membres de la commission exécutive du CIO ont confirmé leur présence au lunch-conférence de M. Rogge. Le gratin de la planète olympique.

Le repas sera préparé par sept chefs de renom, servi par 600 bénévoles, animé par le Cirque du Soleil. Une belle occasion de faire bonne impression et un excellent placement pour Québec et l'olympisme canadien. Un échange pour considérations futures. C'est Marcel Aubut lui-même qui le dit:

«Quand l'opportunité arrive, tu les appelles, tu n'es pas un inconnu, tu vas les rencontrer. C'est difficile de te dire non, tu les as reçus comme des rois et des reines ici. Tout ça, ça joue. C'est des humains.»

Si c'est vrai pour la Ville et pour l'olympisme canadien, j'imagine que c'est vrai aussi pour Me Aubut.

Jacques Rogge, chirurgien orthopédiste de formation, quittera la présidence du CIO à l'automne 2013, mais restera au Saint des Saints à titre de «président sortant». Épargné par les grands scandales qui ont éclaboussé son prédécesseur, il va rester un joueur influent pour les décisions et les nominations futures. Pas pour rien que Québec le courtise.

Je vous parlais d'un long détour, mais voici que je m'égare à mon tour.

Lorsque je lui ai posé la question sur le CIO, Marcel Aubut est parti dans une direction où je ne l'attendais pas. Il a cité son père, Roland Aubut.

«Il m'a enseigné une chose, et j'ai toujours suivi ça. Il m'a dit: "Marcel, fais pas comme mon banquier. Quand t'as une nouvelle job, fais-la comme un premier de classe et puis les portes s'ouvrent toutes seules."

Ça a été tellement vrai dans ma vie que j'ai jamais fait un plan; ni de ressources financières, ni de titres, ni de décorations, ni de business.

Jamais fait un plan, mais à chaque fois que j'avais une responsabilité, je pensais à lui et je me disais: "Allons au top de ça. Faisons mieux que n'importe qui d'autre avant dans cette fonction-là."»

Voilà qui éclaire l'ensemble du parcours et des attitudes de Marcel Aubut.

Qui explique pourquoi il a fait du Match d'étoiles de la Ligue nationale de hockey un Rendez-vous 87; pourquoi il a fait d'une banale réunion du Comité olympique canadien (COC) à Québec un Célébrons l'excellence 2006; pourquoi il tient tant à «faire une différence dans sa job au COC et pourquoi il fera de cette conférence de Jacques Rogge un record canadien pour un lunch-bénéfice non politique.

Cela, et tout le reste, ouvrira-t-il un jour les portes du CIO à Marcel Aubut? Allez savoir.

Mais il faut aussi savoir qu'il ne suffit pas d'être premier de classe pour que les portes s'ouvrent toutes seules.

Me Aubut peut bien le dire en citant son père, mais il est le premier à savoir qu'il faut parfois pousser la porte, s'il le faut, la défoncer.

Pour devenir président du COC, il n'a pas attendu que la porte s'ouvre. Il a mené une farouche campagne électorale à travers le Canada comme aucun autre candidat avant lui pour ce poste.

Le bureau de Marcel Aubut est à son image. À la fois éparpillé et méthodique. Des livres et des documents empilés partout sur les tables et les fauteuils; un bric-à-brac de sacs et de boîtes au sol; des photos, des souvenirs, des trophées et des décorations dont on comprend qu'il est fier:

Assemblée nationale du Québec, conseil de la Reine, membre et officier de l'Ordre du Canada, officier de l'Ordre national du Québec, avocat émérite au Barreau du Québec, etc.

Mais plus encore, je dirais ses fenêtres donnant sur les montagnes, le fleuve, l'île d'Orléans, la basse et la haute ville, le Colisée. Les fenêtres d'un amoureux de Québec dont la vision ne semble pas avoir de limites.

Vancouver est devenue une «référence», décrit Marcel Aubut. «Un succès fou» qui a convaincu que «le Canada, quand on leur confie quelque chose, inquiétez-vous plus».

«Maintenant il faut qu'ils disent quand il se passe quelque chose à Québec, inquiétez-vous plus.»

«T'es jamais assez bon», pense

Me Aubut. «On devrait semer l'idée de notre ville chaque fois qu'on a l'occasion.» Créer des réseaux et les entretenir.

Il y aura plusieurs occasions pour Québec cette semaine.

Le Congrès SportAccord, qui réunit des acteurs qui ont un pouvoir «décisif» sur 1000 événements sportifs par année.

La rencontre demain de «tout le pouvoir olympique canadien» au conseil du COC.

Le lunch bilatéral de lundi midi avec les 53 fédérations de sport du Canada et leurs répondants des fédérations internationales.

Le lunch de Jacques Rogge, pour lequel près de 60% des participants sont des présidents de conseil et des gens d'affaires venant de l'extérieur de Québec.

L'assemblée de vendredi de l'Association francophone des comités nationaux olympiques, à laquelle participent une trentaine de pays.

Marcel Aubut rêve toujours d'Olympiques à Québec, mais a compris qu'il valait mieux ne pas indisposer le Congrès SportAccord. Il a donc promis qu'il ne fera «pas de lobby» et de «ne pas harasser ces gens-là».

Mais le lobbying est une chose qui n'a pas toujours besoin d'être dite avec des mots. Quand on reçoit ses invités comme des rois, les choses parlent d'elles-mêmes.

La semaine qui commence sera dans les faits un formidable exercice de lobbying pour la Ville de Québec, pour le mouvement olympique canadien. Et pour Marcel Aubut.

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