Les fausses promesses de transparence

Il n'y a pas que les partis d'opposition et des journalistes qui devraient se plaindre de la culture du secret qui règne à Ottawa, même si les conservateurs ont été élus en 2006 sur le thème de l'ouverture et de la reddition de comptes.

Les électeurs aussi auraient intérêt à s'interroger sur les promesses de transparence non tenues de la part du gouvernement de Stephen Harper.

La création du poste de Directeur parlementaire du budget (DPB) se voulait l'un des éléments clés de cette véritable révolution que proposait le Parti conservateur dans le programme qui l'a amené au pouvoir après 13 années de régime libéral.

Outré des habitudes de l'ancien gouvernement de jouer avec les chiffres, sous-estimant les excédents budgétaires quand cela lui convenait et dépensant sans honte en toute fin d'année financière, le Parti conservateur soutenait qu'il «est impossible de demander des comptes au gouvernement si le Parlement ignore l'état des finances publiques».

Après des années de prévisions budgétaires imaginatives sous la gouverne de Paul Martin, précédées d'autant d'années de déficits réels fort éloignés des prévisions sous le règne de son prédécesseur conservateur, Michael Wilson, il était temps de mettre de l'ordre dans la boutique.

Le plan correspondait à un besoin réel, les électeurs l'ont approuvé en cochant leur bulletin de vote. Ils s'attendaient donc à ce que, comme promis, le futur DPB exige des ministères «de l'information exacte [...] pour faire des analyses exactes» à l'intention du Parlement.

L'énoncé, comme on le constate, ne lésine pas sur la nécessité de l'exactitude.

Promesse faite, promesse tenue. Les conservateurs ont créé ce poste et nommé Kevin Page pour le combler, en 2008. Mais le pauvre homme se retrouve depuis ce temps victime des quolibets à répétition de la part des ministres, celui des Finances, Jim Flaherty, donnant lui-même l'exemple du mauvais joueur.

Que devait accomplir M. Page dans ses heures de travail? Voici ce que dit la loi:

«Le Directeur parlementaire du budget a pour mandat de fournir au Sénat et à la Chambre des communes, de façon indépendante, des analyses de la situation financière du pays, des prévisions budgétaires du gouvernement et des tendances de l'économie nationale.»

Ajoutons à cela les mandats, à la demande de divers comités parlementaires, «de faire des recherches en ce qui touche les finances et l'économie du pays», «d'examiner les prévisions budgétaires du gouvernement, de faire des recherches en ce qui touche ces prévisions» et, finalement, «d'évaluer le coût financier de toute mesure proposée relevant des domaines de compétence du Parlement».

On croirait à la lecture des engagements originaux et du texte législatif que nous serions aujourd'hui entre bonnes mains et connaîtrions l'état réel des finances publiques et des prévisions, surtout dans le contexte des restrictions en cours.

Où en sommes-nous? Loin du compte. Contrairement à ses promesses et à ses obligations, le gouvernement ne répond pas.

M. Page, dans le cadre de son mandat, a demandé à 83 ministères et organismes les effets des coupes budgétaires sur leurs activités et leur personnel.

Un mois plus tard, a-t-il révélé cette semaine, il a reçu seulement huit réponses. Le président du Conseil du Trésor, Tony Clement, refuse de collaborer en se cachant derrière les exigences des conventions collectives pour camoufler les conséquences du dernier budget.

Se sachant couverts en haut lieu, les responsables ministériels ont beau jeu de se taire. «Changeons pour vrai», tel était le titre du programme électoral de 2006. Cela peut servir à nouveau.

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