Débat sur les droits de scolarité: ça suffit!

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le débat sur les droits de scolarité est corrompu depuis le début. Corrompu parce qu'il se fait en vase clos, comme s'il n'y avait que l'éducation à financer dans notre société.

Au début, les étudiants et leurs alliés politiques disaient qu'on pourrait trouver l'argent pour le gel des droits de scolarité en haussant, par exemple, les redevances sur les minières. Certains groupes, dont ceux de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), prêchaient la gratuité scolaire en faisant valoir que l'éducation est le meilleur investissement qu'une société peut faire sur son avenir. Encore aujourd'hui, tous les discours ne portent que sur l'éducation, comme s'il n'y avait pas de besoins ailleurs. Nous agissons comme une famille qui déciderait d'acheter une voiture de luxe, sans tenir compte de ses besoins de logement, de vêtements et de nourriture.

Mais qu'est-ce qu'on fait avec la santé? Avec l'environnement? Avec la famille? Depuis quelques semaines, les péquistes parrainent une pétition demandant que le congé de paternité soit bonifié lors d'un deuil périnatal. «La fin imprévue et non désirée d'une grossesse est un évènement troublant qui affecte autant le père que la mère. Les deux membres du couple devraient avoir droit à une période de répit adéquate afin de vivre leur deuil», explique le Parti québécois dans ses communiqués.

C'est bien beau tout ça, mais où va-t-on trouver les sous pour financer cette belle intention? Chez les vieux qui manquent déjà de soins adéquats dans les CHSLD?

La préparation d'un budget est un exercice d'arbitrage difficile. Mais dans la controverse actuelle sur les droits de scolarité, on discute «en silo», sans vue d'ensemble, comme s'il n'y avait plus que l'éducation dans la vie. On oublie que depuis plusieurs années, les dépenses de la quasi-majorité des ministères sont gelées pour répondre aux besoins croissants de la santé et de l'éducation.

Sortir de l'impasse

Depuis deux jours, les partis d'opposition font des propositions pour sortir de l'impasse. Pauline Marois demande que le gouvernement retourne à la table de négociations.

Ah oui? Pour négocier avec qui? Léo Bureau-Blouin, de la Fédération étudiante collégiale du Québec, a eu la franchise, mardi, d'admettre que les leaders étudiants ont sous-estimé la détermination de leurs membres. Gabriel Nadeau-Dubois, de la CLASSE, prétexte depuis le début qu'il n'est qu'un porte-parole et non pas le patron de sa coalition. Si l'entente de samedi n'a pas survécu, c'est que les leaders étudiants ne dirigent plus rien. Ils n'ont pas de contrôle sur leurs membres. À quoi servirait de négocier avec des gens dont l'autorité a été tellement minée qu'ils ont dû renier leur signature dans les minutes suivant l'entente de samedi? Et à quoi servirait de retourner négocier avec les patrons des centrales syndicales, qui célébraient l'entente samedi, pour constater ensuite que le texte signé ne reflétait pas le contenu des discussions?

Je veux bien croire que Line Beauchamp n'aurait pas dû donner son interprétation de l'entente avant qu'elle soit soumise au vote des étudiants. Mais si ma mémoire est bonne, les leaders étudiants ont dénoncé l'entente avant même qu'elle soit soumise au vote de leurs membres.

Que faire à compter de maintenant? S'il y a encore une chance de trouver une solution négociée, elle tient du miracle. Autrement, nous sommes dans une situation impossible. Ailleurs sur la planète, les gouvernements qui sont incapables de faire respecter la loi déclenchent des élections ou démissionnent. Si ce gouvernement, qui a déjà l'appui d'un autre parti d'opposition (la Coalition avenir Québec), est incapable d'obtenir le retour en classes pour ceux qui le désirent, c'est qu'il a perdu l'autorité nécessaire pour gouverner. Si Jean Charest n'a pas la poigne nécessaire pour sortir le Québec de cette crise, ce sont ses propres partisans qui l'abandonneront. Quel que soit le moyen utilisé, loi spéciale ou autre, le gouvernement doit ouvrir les institutions d'enseignement à ceux qui veulent étudier.

Pour la suite des choses, c'est aux prochaines élections que les Québécois décideront quelle vision ils veulent offrir au monde de l'éducation. Il est d'ailleurs malheureux que l'opposition officielle n'ait pas eu le courage d'offrir une solution crédible à cette crise. À ce chapitre, Pauline Marois a fait preuve d'un opportunisme de bas étage qui l'a discréditée auprès de bien des gens. Même aujourd'hui, est-ce trop lui demander que de joindre sa voix à celle des libéraux et de la CAQ, pour inciter les étudiants à retourner à l'école? Il me semble que tout le monde apprécierait, indépendamment des couleurs partisanes. Et qui sait, peut-être que ça aiderait...

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