Au cours des derniers mois, M. Charest a consacré tout son temps libre à faire la promotion de son Plan Nord dans l'espoir d'ouvrir cette fenêtre électorale en juin. Il a fait une tournée de toutes les régions du Québec, multipliant les conférences et les annonces. À l'exception des campagnes électorales, on ne l'avait jamais vu consacrer autant de fins de semaine à la politique. Et voilà que la fenêtre printanière semble se refermer.
Il a encore jusqu'au 16 mai pour déclencher des élections en juin. Théoriquement, un rejet de l'entente par les étudiants pourrait justifier un appel au peuple. Mais ce qu'on a vu vendredi à Victoriaville nous incite à penser qu'un tel geste de sa part serait dangereux. Ce serait jouer avec la sécurité des gens que de lancer ses candidats sur la route dans un contexte aussi conflictuel. En fait, un déclenchement après la ratification de l'entente avec les étudiants serait plus acceptable, puisque Pauline Marois et François Legault le pressent de déclencher des élections. À défaut de quoi, il reste la fenêtre de l'automne.
Nous savons tous à quel point Jean Charest aime passer ses vacances estivales avec sa famille à North Hatley. Des élections en septembre viendraient compromettre tout cela : bye bye North Hatley et bienvenue aux épluchettes de blé d'Inde et aux festivals. Ce n'est pas une perspective très réjouissante pour un chef de parti qui sort d'un parcours aussi épuisant.
Qui plus est, la commission Charbonneau prévoit reprendre ses audiences publiques vers le 10 septembre. Le PLQ veut-il vraiment d'une fin de campagne électorale dans un environnement aussi imprévisible que celui d'une commission d'enquête sur la construction? Pas sûr!
Les libéraux peuvent toujours attendre en 2013, après le dépôt du budget confirmant l'atteinte du déficit zéro. Mais 2013, c'est à des années-lumière... Et puis Jean Charest sera-t-il encore là? Dimanche, il a déclaré qu'il serait encore à la tête des libéraux aux prochaines élections. Mais s'il est une chose qu'un chef ne fait jamais, en politique, c'est de s'interroger publiquement sur son avenir. Une telle admission lancerait immédiatement ses ministres dans une course à sa succession. La thèse d'un départ demeure donc plausible.
La défaite de Sarkozy
M. Charest dirige le PLQ depuis 14 ans et le gouvernement depuis neuf ans. A-t-il vraiment le goût d'un nouveau mandat qui lui accorderait près de 15 ans à la tête du gouvernement et 20 ans à la direction du PLQ? Pas sûr!
Mais ce qui pourrait modifier ses plans, c'est la défaite de son ami Nicolas Sarkozy. Il avait, chez le président français, un allié dans le cas d'une éventuelle candidature sur la scène internationale. On a souvent spéculé sur l'intérêt de M. Charest pour la succession d'Abdou Diouf au poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Il a été très actif dans le renouvellement du mandat de M. Diouf à Montreux, en 2010. Le poste n'est pas libre pour le moment, mais M. Diouf a 77 ans.
Ce n'est pas Stephen Harper qui appuierait la candidature de Jean Charest. Sarkozy l'aurait fait, mais Sarkozy n'est plus là.