Quelques jours de plus, et parions que Nicolas Sarkozy aurait fini par prédire 60 mois consécutifs de mauvais temps, entrecoupés de pluies de grenouilles et de grêlons gros comme des balles de golf, en cas de victoire socialiste.
À la fin, la peur n'a pas donné le rendement espéré. François Hollande a été élu. Peut-être parce qu'il ressemble autant à un extrémiste qu'un potage de potiron ressemble à un avion à réaction? Ou parce qu'avec ses 4,3 millions de chômeurs, la France se trouve déjà dans un film d'épouvante?
Hormis quelques propositions spectaculaires, comme l'imposition à 75 % des revenus excédant 1,3 million$, le programme de François Hollande n'a pourtant rien de révolutionnaire.
En matière de finances publiques, par exemple, Nicolas Sarkozy visait un retour au déficit zéro en 2016. Le socialiste a promis la même chose pour... 2017.
Tant de bruit pour si peu?
Le mécanicien de droite ne peut pas réparer les freins de la voiture. Mais ne vous inquiétez pas. Il a installé un plus gros pare-chocs.
Le mécanicien de gauche ne peut pas réparer les freins de la voiture. Mais ne vous inquiétez pas. Il a installé un klaxon plus puissant.
Hier, devant une foule très enthousiaste, sur la place de la Bastille, au coeur de Paris, le nouveau président Hollande a parlé d'un «grand moment». Il a évoqué la date mythique du 10 mai 1981, jour de l'élection du président socialiste François Mitterrand.
Mais toute ressemblance avec mai 1981 serait le fruit d'une imagination trop débordante.
En 1981, les socialistes ne voulaient pas seulement changer la politique. Ils promettaient de «changer la vie». Ils proposaient une «rupture» avec le capitalisme. Le président François Mitterrand évoquait «le droit à la beauté». On avait même créé un ministère... du Temps libre.
À l'époque, la panique s'était emparée des marchés financiers. Les plus excités redoutaient un coup d'État communiste. Ils voyaient déjà les chars russes défiler sur les Champs-Élysées. Ne souriez pas devant ce petit rappel historique. Pour paraphraser le Suisse Henri Frédéric Amiel : «L'historien est l'homme à jeun dans l'ébriété universelle.»
La France d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec celle de 1981. En 2007, c'est le candidat de la droite, Nicolas Sarkozy, qui s'est fait élire en promettant la rupture. Et en 2012, c'est le candidat de la gauche, François Hollande, qui lui succède, en promettant la «normalité». Quand on y pense, la hantise secrète des partisans de François Hollande, ce n'est pas qu'il change le monde. C'est qu'il ne change rien.
Beaucoup de Français semblent avoir adopté le réalisme désabusé de l'écrivain Jean Paulhan, qui disait : «Tout ce que je demande aux hommes politiques, c'est de changer le monde sans changer la vérité.»
Hier, le nouveau président Hollande s'est adressé aux peuples d'Europe «qui veulent en finir avec l'austérité». Comme bien d'autres, il constate que plus les gouvernements coupent, plus l'économie ralentit. Et plus l'économie ralentit, plus les gouvernements doivent couper.
L'avenir dira s'il parviendra à infléchir la politique économique européenne. Au risque d'indisposer l'Allemagne.
Pour l'instant, une seule chose paraît acquise, c'est que Nicolas Sarkozy ne fait plus partie du paysage politique. Du moins, pour un temps.
«[En cas de défaite] vous ne me verrez plus», a-t-il promis. Loin de s'émouvoir, ses adversaires en ont profité pour l'humilier davantage : «Encore des promesses, qu'il ne pourra pas tenir.»
Chiche. À 57 ans, le président déchu ne pourra même pas profiter du rétablissement de la retraite à 60 ans pour les professions difficiles, que prône son adversaire.
La vie est décidément trop injuste...