Il est vrai que sur le registre des armes à feu et le Protocole de Kyoto, il y a un fossé profond entre le parti de Stephen Harper et 80% des électeurs, comme nous le révélait un sondage CROP, la semaine dernière.
Il est aussi vrai que le très fédéraliste ministre québécois de la Justice, Jean-Marc Fournier, alimente les comptes bancaires de ses procureurs en additionnant les interventions judiciaires contre le fédéral.
La dernière attaque s'en prend au projet de réforme du Sénat que le fédéral avance à la petite semaine, presque article par article sans reconnaître qu'il touche à un volet constitutionnel fondamental.
La précédente visait le registre des armes à feu, que le Québec veut conserver malgré l'acharnement maladif des conservateurs à l'abolir.
Une troisième intervention découle de la fermeture d'Aveos, qui concerne elle aussi le fédéral parce que les événements violent clairement l'esprit et la lettre de la privatisation d'Air Canada par le gouvernement (conservateur, oui) de Brian Mulroney.
Dans les trois cas, les quatre ministres québécois défendent aveuglément la ligne officielle concoctée au bureau du premier ministre, et parfois même avec légèreté, comme l'ont montré Maxime Bernier et Christian Paradis.
Le fédéralisme judiciaire recèle bien des dangers. Je vous cite la professeure Eugénie Brouillette, de l'Université Laval, citant elle-même la Cour suprême dans un article de 2010:
«Les repères du fédéralisme peuvent varier d'un juge à l'autre et reposent sur des notions politiques plutôt que juridiques. Le maintien de l'équilibre entre les pouvoirs fédéral et provinciaux relève avant tout des gouvernements.»
La voie des tribunaux, à partir de ce principe, m'apparaît pour le moins incertaine, et ce, même quand le Québec gagne sa cause.
Vous vous souvenez que le renvoi sur une commission unique des valeurs mobilières a donné raison au gouvernement de Jean Charest, en décembre dernier.
Le combat serait terminé? Non, détrompez-vous, le ministre des Finances Jim Flaherty en a remis en fin de semaine dernière.
Il cherche maintenant une manière «légale» d'arriver à ses fins d'ici la fin de l'année.
Une fois ces zones de conflits bien définies, faut-il conclure que les Québécois rejettent l'ensemble des politiques conservatrices? Absolument pas, nous confirme le même sondage.
M. Harper reçoit un appui tout aussi fort qu'étonnant sur l'abolition du financement public des partis politiques, et le soutien de plus de la moitié de la population pour son programme de restrictions budgétaires et sa réforme de la justice criminelle.
Mais il n'arrive pas à transformer ces points forts en appuis électoraux. L'image de marque hargneuse des conservateurs fondée sur une stratégie de segmentation de la population, en clair diviser les électeurs entre bons et méchants, coule le parti dans l'opinion publique.
Les cinq élus du Québec, de toute évidence, manquent de temps et de ressources pour expliquer les points positifs de leur action et celle de leur gouvernement.
Je leur suggère de se rappeler au passage qu'ils représentent leurs électeurs à Ottawa, non l'inverse. Le pouvoir se mérite, et les conservateurs québécois profiteraient d'une meilleure utilisation de leur colonne vertébrale.
Ils ne font pas tout mal, mais on a du mal à voir leurs bons coups. M. Paradis disait hier que le gouvernement a un bon bilan et qu'on «va continuer de le répéter». Il faudra y mettre la forme.