Scénario d'élections printanières

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) L'automne dernier, les stratèges du Parti libéral étaient en quête d'un thème fort qui pourrait devenir l'élément central de la prochaine campagne électorale. Le Plan Nord était alors le seul thème dans leurs cartons. Jean Charest y a consacré toute son énergie. Mais le Plan Nord est une arme à double tranchant: il ramène dans l'actualité le sujet de l'octroi des contrats publics, du patronage et de la corruption dans la construction.

La grève des étudiants pourrait-elle devenir le thème central d'une campagne électorale? Hier, Jean Charest a qualifié de «grotesques» les analyses de ceux qui voient un calcul politique préélectoral de sa part dans la gestion de cette crise. Il n'a toutefois pas écarté la possibilité d'un scrutin printanier. En voici donc un scénario, basé sur la continuation de la crise. Ce scénario n'est pas fondé sur de l'information confidentielle et n'est donc que spéculatif.

Vendredi 4 mai

Plus d'un millier de militants libéraux sont réunis au Centre Mont-Royal, rue Mansfield à Mont-réal, pour leur congrès annuel. Le compromis proposé aux étudiants une semaine plus tôt a été rejeté. Les grandes artères entourant le lieu du congrès sont paralysées par une manifestation monstre. Jean Charest attaque le sujet sans tarder: son gouvernement, élu démocratiquement, ne permettra pas à une minorité non élue de dicter la conduite des affaires publiques. Il fait état de ses efforts pour ramener le Québec à l'équilibre budgétaire. Il rappelle que les agences de crédit Moody's et Standard & Poor's viennent tout juste d'abaisser la note de crédit de l'Ontario en raison de sa dette. Il explique qu'une telle décote serait catastrophique pour le Québec. «Tous les Québécois, fait-il valoir, doivent mettre la main à la pâte pour assainir les finances publiques. Sans quoi, ce sont les jeunes, ceux-là mêmes qui réclament le gel ou la gratuité des droits de scolarité, qui devront payer la note lorsqu'ils seront sur le marché du travail.»

Disciplinés, les libéraux applaudissent le chef. Jean Charest poursuit: «Ce dont il est question ici, ce n'est plus la hausse des droits de scolarité, c'est la loi et l'ordre. Nous sommes dans un État de droit. Le gouvernement ne peut tolérer que des casseurs et des activistes fassent la loi et violent impunément les injonctions prononcées par les tribunaux.»

À l'extérieur du Centre Mont-Royal, les affrontements se multiplient avec la police.

Dimanche 6 mai

Jean Charest prononce le discours de fermeture du congrès. Il annonce que le gouvernement «prendra ses responsabilités». En point de presse, il refuse d'en dire davantage. «L'Assemblée nationale, précise-t-il, doit d'abord en être saisie.» Il annonce la convocation des députés pour le lendemain.

Lundi 7 mai

Invoquant la loi et l'ordre, le gouvernement annonce le dépôt d'une loi spéciale pour ramener la paix sur les campus et dans les rues. Interdiction de manifester et d'établir des piquets de grève sur les terrains des campus et des cégeps. Amendes et pénalités salées pour les associations étudiantes qui organiseront des manifestations illégales et qui défieront les injonctions des tribunaux.

L'opposition officielle proteste. Pauline Marois accuse le gouvernement de jeter de l'huile sur le feu.

Mercredi 9 mai

Le Conseil des ministres tient une longue réunion. À 18h, Jean Charest fait une intervention en direct sur les ondes des grands réseaux. Il annonce qu'en raison du blocage de l'opposition, c'est le peuple qui doit statuer. Il ajoute qu'il faudra choisir entre un «gouvernement qui se tient debout ou un gouvernement qui cède aux pressions de la rue».

Jeudi 10 mai

Le Québec est en campagne électorale. Dans les semaines précédentes, les libéraux ont soigneusement conservé les vidéos des échanges entre leur chef et Pauline Marois sur les droits de scolarité. Lors de la commission parlementaire du 26 avril, Jean Charest a posé la question à trois reprises à la chef du PQ: «Quelle est votre solution aux droits de scolarité?» Les clips sont courts et parfaits pour s'inscrire dans la campagne de publicité des libéraux.

Le carré de tissu rouge devient également un enjeu. Les candidats péquistes continuent de porter ce symbole de la lutte contre la hausse des droits de scolarité. La publicité libérale matraque cette décision. Les libéraux associent le Parti québécois au vandalisme des casseurs et exploitent l'appui donné par François Legault à Line Beauchamp, à la suite de l'exclusion de la CLASSE des négociations.

La campagne électorale bat son plein.

La crise étudiante a relégué à l'arrière-plan les scandales sur la construction et le financement du Parti libéral. Mais les étudiants s'activent sur les réseaux sociaux. Leur objectif: faire sortir le vote des jeunes. Une guerre sans merci et sans précédent au Québec.

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