Gâchette rapide et Ponce Pilate

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) C'est peut-être vrai que la ministre Line Beauchamp a pris un prétexte facile pour exclure la CLASSE de la table de négociations avec les étudiants. Mais là où je décroche, dans le discours des leaders étudiants, c'est quand j'entends Gabriel Nadeau-Dubois déclarer, comme il l'a fait hier, qu'il «n'a pas le pouvoir d'en appeler au calme».

Ne se rend-il pas compte qu'il nuit à la cause qu'il prétend défendre? Je comprends qu'il ne soit qu'un porte-parole et non pas le président de sa coalition. Mais quand on occupe le petit écran au point où l'a fait Nadeau-Dubois - on l'a même vu à Tout le monde en parle -, on ne se réfugie pas derrière son statut de porte-parole pour refuser de faire un appel au calme.

Pour la très grande majorité des gens qui le voient depuis deux mois à la télévision, Gabriel Nadeau-Dubois est le leader de la CLASSE. S'il est vrai qu'il n'est qu'un porte-parole et qu'il n'a même pas le droit de demander un appel au calme, il est vrai, alors, que son association n'a pas sa place à la table de négociations. Ses collègues de la FEUQ et de la FECQ ont accepté de faire un tel appel au calme. Pauline Marois a lancé un message similaire hier après-midi. Si la CLASSE est incapable de vivre avec un geste aussi raisonnable, ses représentants doivent vivre avec les conséquences. Le problème, c'est que les étudiants qu'ils disent représenter doivent eux aussi vivre avec les conséquences.

Retour au gouvernement: quelle que soit la responsabilité du leadership étudiant, c'est au gouvernement qu'il incombe de régler ce conflit. Il y a du vrai dans ce qu'ont dit hier Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins. La ministre Line Beauchamp a eu la gâchette rapide en annonçant l'exclusion de la CLASSE. Les raisons invoquées portaient sur la manifestation de mardi soir qui a mal tourné. Cet événement ne relevait pas de la coalition même s'il a été annoncé sur son site Internet.

Il n'est pas anormal, dans un conflit de cette nature, de voir des frustrations mener à une suspension des négociations. Mais la paix sociale qui est en cause doit ramener tout le monde à s'asseoir autour d'une même table. Même la CLASSE devrait y retrouver sa place si Nadeau-Dubois cesse de se cacher derrière son mandat et qu'il demande à ses membres de se calmer. Son association devrait par ailleurs «nettoyer» son site Internet des incitations à la violence. Il me semble que ça n'est pas trop demandé à des jeunes qui ont grandi dans l'univers informatique.

Ce conflit ne porte pas sur un sujet d'une grande complexité. Le compromis devra comprendre une entente sur les droits de scolarité. Ce sont les stratégies de part et d'autre qui sont en train de compromettre la session de milliers d'étudiants, surtout dans les cégeps.

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