«Mes chers compatriotes, je suis heureux d'annoncer que je viens de signer une loi qui rend la Russie illégale. Nous commençons le bombardement dans cinq minutes.»
C'était une blague. Mais à l'époque, en pleine guerre froide, elle fut très mal comprise.
La déclaration fit aussitôt le tour du monde. L'armée soviétique d'Extrême-Orient fut placée en état d'alerte. La Maison-Blanche fut inondée d'appels de gens en proie à la panique.
Le président Reagan s'en tira avec une pirouette : «Comment pouvais-je savoir que le B-1 était un bombardier? Je croyais qu'il s'agissait de vitamines pour les soldats...»
N'ajustez pas votre appareil. L'humour des politiciens apparaît aussi facile à décrypter qu'un traité d'ingénierie aérospatiale en gaélique, lu par un conférencier bègue, alors que trois marteaux piqueurs s'affairent à démolir les alentours.
Du sublime au ridicule, il n'y a souvent qu'une blague.
Personne ne prenait au sérieux le président Roosevelt lorsqu'il s'écriait : «J'ai assassiné ma grand-mère, ce matin.» On comprenait qu'il voulait seulement attirer l'attention des journalistes distraits.
En revanche, la défunte princesse Diana sema la consternation lorsqu'elle s'exclama, en serrant la main d'un homme manchot :
«Vous devez avoir beaucoup de plaisir à essayer de rattraper le savon, dans le fond du bain!»
Ouch. Plus près de nous, on se demande sur quel rayon il faut classer les blagues du premier ministre Jean Charest, la semaine dernière, au Salon Plan Nord. «Le Salon [...] est déjà très populaire. Les gens courent de partout pour entrer», a plaisanté M. Charest.
Juste au-dehors, des affrontements entre manifestants et policiers venaient de faire plusieurs blessés.
Pour retrouver un niveau de goujaterie équivalent, on peut chercher du côté du général américain Norman Schwarzkopf, qui multipliait les sarcasmes à l'égard de ses «alliés» français.
«Aller à la guerre sans la France, c'est comme aller à la chasse au chevreuil sans un accordéon.»
Certes, il arrive qu'un politicien assume ses sautes d'humour. Un peu après son élection, le président Lyndon B. Johnson avait expliqué pourquoi il n'avait pas congédié le paranoïaque directeur du FBI, J. Edgar Hoover.
«Il vaut mieux le garder dans la tente, avec vous, en train de pisser à l'extérieur, plutôt que de l'avoir à l'extérieur, en train de pisser en dedans.»
Mais personne n'est à l'abri d'un authentique malentendu. Récemment, le pdg du Port de Québec, Mario Girard, s'est étonné que Le Journal de Québec ait pris au sérieux sa blague suggérant de placer une grande roue sur le toit d'un hôtel.
À la décharge des uns et des autres, le dépistage de l'humour politique ressemble à une question insoluble : comment fait-on pour remarquer que le niveau d'encre invisible est bas?
Impossible de conclure sans évoquer le lapsus, le spécimen le plus répandu d'humour involontaire. Après une défaite électorale, en décembre, le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, s'est ainsi exclamé : «Je ne suis pas le genre de gars à me mettre la tête dans l'autruche.»
Mais n'allez pas croire que le sens de l'humour finit toujours bien. Dans son livre Les drôles d'histoires de l'histoire du monde (2011), l'auteur Didier Chirat raconte un incident singulier, survenu en avril 1794, en pleine Révolution française. Ce jour-là, des soldats entendent des cris étranges, alors qu'ils effectuent une perquisition dans la villa d'une famille de la noblesse. Ils découvrent avec surprise un... perroquet.
«Vive le roi!» s'écrie l'animal, de fort bonne humeur.
Hélas. Les autorités révolutionnaires n'entendent pas à rire. Elles refusent de croire à une blague. Le propriétaire de la villa et sa fille sont condamnés à mort, au terme d'un procès expéditif.
Dès son arrestation, l'oiseau refuse de prononcer un mot. Il se contente de siffler.
Apparemment, cela sonne comme un aveu. Il sera guillotiné lui aussi.