SOS, président en détresse

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini», disait Yogi Berra.

 

 

 

 

D'accord. Mais les Français ne connaissent pas Yogi Berra. Ni le baseball.

Alors pour Nicolas Sarkozy et ses partisans, le résultat du premier tour des présidentielles constitue une amère déception.

Certains signes ne trompent pas. Dimanche, après le discours du président, la grande salle du Palais de la Mutualité s'est vidée plus vite que la piste de danse d'une discothèque après la distribution d'un punch aux fruits particulièrement frelaté. Rien à voir avec l'euphorie d'un soir de victoire.

Il y a quelque temps, le président lui-même a évoqué la possibilité d'une défaite. Il a comparé le pouvoir à une drogue dure, que l'on s'injecte par intraveineuse.

«L'aiguille, il faut savoir la retirer progressivement», avait-il expliqué à des journalistes sidérés. Nicolas Sarkozy avait alors promis que s'il perdait, il disparaîtrait «complètement» de la vie politique.

«Pfff. Encore une promesse qu'il ne pourra pas tenir», avaient raillé ses adversaires.

Peu importe les calculs, la réélection de Nicolas Sarkozy s'annonce difficile. Au second tour, certains accordent déjà 56 % des suffrages au socialiste François Hollande.

Mais ne comptez pas sur le président pour jeter l'éponge. Il relira Hervé Sérieyx : «La France est un pur-sang monté par un jockey obèse qui se prend pour le cheval.» Mieux, il citera Napoléon 1er : «Impossible n'est pas français.»

Poussé dans ses derniers retranchements, le président va dramatiser. Il va tenter de diaboliser son adversaire Hollande, dont il compare le programme à une recette pour la déroute financière. Pour faire de la France une copie de la Grèce, mais avec plus de camembert.

L'ennui, c'est que le socialiste Hollande n'a guère le profil d'un extrémiste. Autant faire passer Babar pour un tueur en série.

Même les partisans de M. Hollande ont tendance à trouver leur champion un peu sage. Quand le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélanchon, l'a traité de «capitaine de pédalo dans la tempête», parions que beaucoup de socialistes étaient d'accord.

De toute manière, l'adversaire le plus redoutable que Nicolas Sarkozy devra affronter, d'ici le 6 mai, c'est indiscutablement... Nicolas Sarkozy et son bilan calamiteux.

Récemment, le président était quasiment prêt à se décerner une médaille parce que le pays compte «seulement» 400 000 chômeurs de plus depuis 2007.

Plus optimiste, je vous le concède, il y a peut-être le coq qui réussit à chanter, même avec les deux pieds dans le fumier.

Il paraît qu'on ne naît pas président. On le devient.

Si cela est vrai, il s'agit d'une nouvelle encourageante pour François Hollande. Car monsieur doit se pincer pour croire à la succession d'événements qui l'ont propulsé aux portes de la présidence.

François Hollande, ce fut l'éternel second. Le bon élève qui rend toujours une copie soignée, mais que le professeur ne remarque jamais. Nul doute que les socialistes lui auraient préféré Dominique Strauss-Kahn si ce dernier ne s'était pas suicidé politiquement, dans une chambre d'hôtel de New York.

En fait, le principal actif de M. Hollande reste sa réputation de M. Normal. Son personnage à l'opposé de l'hyperactif Sarkozy. Et s'il devient président, il pourra difficilement s'illusionner. Aux dernières nouvelles, 60 % des électeurs qui projettent de voter pour lui au second tour expliquent d'abord leur choix par la volonté de battre Nicolas Sarkozy.

Quand on y pense, même sa proposition la plus controversée, celle qui veut imposer à 75 % la part de revenus supérieure à 1,3 million$, n'a rien de si révolutionnaire.

Aux États-Unis, sous la présidence du républicain Dwight Eisenhower, durant les années 50, les plus hauts salariés étaient imposés à 90 %. Au début des années 70, sous Richard Nixon, les riches payaient encore 75 % d'impôt.

Parfois, on a l'étrange impression que tout ce qui est demandé à François Hollande, c'est de ne pas donner complètement raison à Honoré de Balzac, qui répétait : «La France adore changer de gouvernement, à condition que ce soit toujours le même.»

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