Hier matin, Le Soleil publiait un article du journaliste Carl Thériault faisant état d'une explosion de cas de détresse psychologique à l'Université du Québec à Rimouski. C'est probablement la même chose ailleurs.
Il faut savoir que le total de 170 000 étudiants en grève, scandé par les leaders étudiants, comprend des dizaines de milliers de jeunes qui sont en débrayage même s'ils ont voté contre ces moyens de pression. Ceux qui ont voté pour la grève ont à tout le moins la conviction de se battre pour une cause. C'est leur choix. Mais ceux qui ont voté contre la grève sont pris dans un engrenage dont ils sont incapables de sortir. On nous dira que c'est le cas dans tous les conflits syndicaux, mais justement: il ne s'agit pas ici d'un conflit syndical où tous les membres sont liés par la décision du groupe. Une petite minorité s'est adressée aux tribunaux pour faire reconnaître ses droits, mais jusqu'à hier, même les injonctions étaient défiées par de petits groupes de grévistes.
La faute à qui?
Il y aura un partage du blâme lorsque ce conflit sera terminé. L'opposition accusera le gouvernement d'avoir provoqué les étudiants en refusant de s'asseoir plus rapidement à une table de négociations. C'est vrai que le gouvernement a misé sur l'échéance de la fin de la session pour forcer le retour en classe, au lieu de chercher une solution négociée. C'est tout aussi vrai que le gouvernement a sous-estimé la capacité de mobilisation des étudiants. L'électorat portera son jugement aux prochaines élections.
L'opposition péquiste a aussi une part de responsabilité. La hausse des droits de scolarité est une mesure budgétaire. Pauline Marois aurait peut-être ramené les étudiants à plus de réalisme en proposant sa solution, au lieu de participer aux manifestations et de se réfugier derrière la promesse d'un grand sommet. Elle a offert une solution pour la taxe santé, pourquoi ne pas l'avoir fait pour les droits de scolarité?
Du côté des étudiants, les leaders des associations seront acclamés s'ils forcent le gouvernement à reculer. Mais s'ils échouent, on leur reprochera d'avoir entraîné leurs membres dans un conflit perdu à l'avance, et d'avoir mal lu la détermination du gouvernement. Le même reproche s'appliquera également aux syndicats qui ont appuyé les étudiants et qui ont eux aussi mal mesuré les intentions gouvernementales. Les leaders étudiants sont jeunes; on pourra mettre leurs erreurs sur le compte de leur manque d'expérience. Les syndicats n'auront pas ce prétexte.
Mais peu importe qui gagnera la bataille politique autour de cette grève, les dommages collatéraux seront bien réels. Dans un conflit syndical, comme celui de la grève des infirmières de 1999, les syndiqués sont tenus d'assurer les services essentiels. Mais dans le conflit sur les droits de scolarité, les étudiants qui ne voulaient pas débrayer n'ont pas eu accès aux services essentiels. Pour certains d'entre eux, ce conflit retardera l'entrée sur le marché du travail. Pour d'autres, plus fragiles, la grève mènera au décrochage.
Tout ça est un lamentable échec.