Et ces jours-ci, le premier ministre Jean Charest déborde de créativité. Il n'y a qu'à voir avec quel enthousiasme il arbore les yeux d'un Monsieur Patate en colère pour dénoncer le vandalisme dans les bureaux de certains ministres. D'accord, il en met beaucoup en comparant les excès du mouvement étudiant à ceux du syndicalisme dans la construction.
Mais un politicien qui ne se révèle pas un tantinet démagogue sur les bords, à l'occasion, n'est-ce pas aussi rarissime qu'une grand-mère qui possède des roues et des ailes, je vous le demande?
Au fond, M. Charest met seulement en pratique les conseils de George Bernard Shaw : «Si tu ne peux pas te débarrasser d'un squelette qui encombre ton placard, tu fais mieux de lui apprendre à danser.»
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Le vrai malaise est ailleurs. En fait, plus M. Charest sermonne les étudiants, plus on s'étonne qu'il n'ait pas manifesté la même fermeté envers les vandales à cols blancs qui ont fait de nos institutions politiques une véritable risée.
La semaine dernière, à Radio-Canada, l'émission Enquête a fort bien résumé le système de corruption et de copinage qui gangrène la politique québécoise. Invité à commenter l'attribution d'une subvention de 11 millions$ à d'importants bailleurs de fonds du Parti libéral, contre l'avis de ses fonctionnaires, l'ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau a eu cette réponse suave.
On essaie de «faire preuve de la plus grande souplesse et créativité possibles».
Faut-il rappeler que Mme Normandeau considérait M. Charest comme un «modèle» politique?
Logique. Qui d'autre aurait pu lui enseigner cette manière d'aborder les questions d'éthique avec les yeux grands fermés?
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La créativité, c'est le mot à la mode. Surtout lorsqu'il s'agit de camouflage politique. Prenez le roi d'Espagne, Juan Carlos, par exemple.
Il y a quelques jours, le roi s'était éclipsé pour aller chasser... l'éléphant au Botswana. Le monde n'en aurait rien su si monsieur ne s'était pas fracturé une hanche, forçant un retour en catastrophe...
On peine à croire que le roi se soit payé un safari de 50 000 $, au moment où l'Espagne frôle le naufrage économique. Au moment où le chômage atteint 23 %! Et dire que le gouvernement avait épargné le budget de la maison royale, qui n'avait été réduit que de 2 % contre 17 % pour le reste de l'appareil gouvernemental...
La maison royale a admis du bout des lèvres que le roi devait montrer plus de «créativité». Promis-juré, la prochaine fois qu'il va s'ennuyer, le monarque se montrera plus modeste. Mais de là à se rendre utile en permanence, il y a une marge. Comme disait la noblesse française : «Nous aimons le travail. Il nous fascine. La preuve, c'est que nous pouvons regarder les autres travailler pendant des heures.»
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Difficile de compléter ce tour d'horizon sans un mot sur le gouvernement conservateur, qui multiplie les nominations partisanes, à tous les échelons de l'administration fédérale, depuis des mois. Le Nouveau Parti démocratique en avait dénombré plus d'une centaine, durant la semaine avant Noël.
Plus souple et plus créatif que cela, tu inventes le Jell-O intelligent.
Les candidats défaits, les organisateurs électoraux, les bailleurs de fonds, c'est fou le nombre de copains qui sont invités au grand buffet. Il faut se pincer pour croire qu'il s'agit du même gouvernement qui prêche l'austérité budgétaire sur toutes les tribunes.
Mais ne croyez surtout pas que le gouvernement fédéral reste insensible aux critiques. Lundi, le dernier communiqué officiel annonçant une nomination ne mentionnait même pas que l'heureux bénéficiaire avait été candidat conservateur en 2008.
Pas vu, pas pris. «Si tu ne réussis pas du premier coup, alors efface les traces pouvant suggérer que tu as essayé», répète un personnage de la série The Office.
Le même dirait que «l'optimiste, c'est celui qui croit que nous vivons dans le meilleur des mondes. Le pessimiste, à l'opposé, c'est celui qui a peur que cela soit vrai».