Petit traité de résurrection politique

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) En politique, rien n'est impossible. À commencer par les résurrections. Vous en verrez plus que durant n'importe quel film de zombies. Plus que durant n'importe quel après-midi d'enfance passé à jouer aux cowboys et aux Indiens.

 

 

«À la guerre, vous ne pouvez être tué qu'une seule fois. En politique, vous pouvez l'être à plusieurs reprises», plaisantait Winston Churchill.

L'ami Winston savait de quoi il causait. À maintes reprises, on l'avait déclaré politiquement mort. Sa femme avait même imaginé une formule pour expliquer son côté increvable (et son manque de ponctualité légendaire).

«Winston a beaucoup d'esprit sportif. Il donne toujours une chance au train de partir le premier.»

Ces jours-ci, le président français, Nicolas Sarkozy, joue les miraculés. Vrai qu'il y a deux mois à peine, on l'expédiait dans les poubelles de l'histoire. Et que dire de la résurrection de Pauline Marois, qui aurait pu constituer une batterie de cuisine avec tous les couteaux qu'on lui a plantés dans le dos?

Simple. Même Jean Charest donne des signes de résurrection politique! Remarquez, monsieur en fait une spécialité. Dès sa démission comme ministre du gouvernement Mulroney, des experts lui avaient prédit un avenir sombre. C'était en... 1990.

Au risque de se répéter, le secret de la longévité de M. Charest ressemble à cette blague sur le docteur Miracle...

«Ce matin-là, la salle d'attente du docteur Miracle est pleine. Arrive le tour d'une vieille dame, qui entre dans le cabinet presque pliée en deux, appuyée sur sa canne.

Cinq minutes plus tard, la dame ressort complètement redressée.

"C'est un miracle", s'écrient les gens dans la salle d'attente. "Vous êtes arrivée ici pliée en deux. Comment a-t-il fait pour vous guérir?"

"Il ne m'a pas guérie, répond la dame. Il m'a seulement donné une canne plus longue..."»

De l'extérieur, la résurrection politique peut sembler facile.

Il est vrai que les événements volent parfois la vedette. En 2004, le scandale des commandites a donné une seconde vie à Gilles Duceppe et au Bloc québécois. En 2007, la controverse autour des accommodements raisonnables a sorti Mario Dumont et l'Action démocratique du Québec d'un profond coma.

Mais le plus souvent, le politicien doit forcer les choses. À chacun sa méthode. Nicolas Sarkozy fait son numéro de superflic tricolore à une France traumatisée par les tueries de Toulouse. Jean Charest profite d'un voyage au Brésil pour jouer le chef d'État qui plane au-dessus de la mêlée, malgré les grèves étudiantes.

Mais si les effets de manche tardent à produire leur effet, gare au retour de la promesse sans lendemain.

La recette est éprouvée. En 1993, Jean Chrétien a ainsi complété sa résurrection politique en promettant d'abolir la taxe sur les produits et services et de revoir l'accord sur le libre-échange nord-américain.

Bon. D'accord. Ça ne marche pas à tous les coups.

En 2002, alors qu'il se trouvait au plus bas dans les sondages, le premier ministre Bernard Landry avait soudain découvert les vertus de la conciliation entre le travail et la vie familiale. Il promettait une troisième semaine de congé. La semaine de travail de quatre jours. Alouette.

L'ensemble aurait pu faire mouche. Mais il semblait aussi désintéressé que la distribution gratuite d'un litre de Pepto-Bismol à l'achat d'une bouteille de tabasco.

En désespoir de cause, le politicien peut s'en remettre au jugement de l'Histoire.

Ici encore, rien n'apparaît impossible.

À preuve, environ 40 % des Russes s'ennuient désormais de l'URSS de Leonid Brejnev, décédé en 1982. Brejnev, longtemps synonyme de médiocrité et de stagnation. Brejnev, dont on ridiculisait la pensée sénile avec cette blague.

«Un matin, au Kremlin, Brejnev se réveille avec une terrible gueule de bois. Il ne se souvient plus de ce qu'il a fait le soir précédent.

Soudain, le téléphone sonne. C'est le ministre des Affaires étrangères.

"Leonid, vous étiez complètement soûl, hier soir, et vous avez ouvert les frontières, explique ce dernier.

- Je suppose que tout le monde en a profité pour s'enfuir, soupire Brejney. Et nous sommes les deux seuls qui restent dans le pays?

- Non, répond l'autre, je vous téléphone de la Suisse."»

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