Par exemple, André Arthur plutôt qu'une recrue du NPD.
M. Lebel aurait-il la même désinvolture si l'aéroport controversé atterrissait dans sa circonscription plutôt qu'à l'autre bout de la 175, à Neuville?
À voir aller son collègue Christian Paradis à Thetford Mines, on sait qu'un ministre qui veut peut avoir beaucoup de pourvoir dans un gouvernement conservateur. Y compris celui de déménager contre toute logique un bureau d'assurance emploi dans sa circonscription.
M. Lebel a choisi de s'en laver les mains et de ne pas stopper les travaux d'aménagement d'un aéroport à Neuville.
Il estime que son rôle est de développer le transport aérien et non de l'empêcher.
Quatre ministres du gouvernement Charest ont depuis écrit à M. Lebel.
On verra la suite. Mais s'ils ont autant de succès que leur collègue de la Justice avec la loi C-10 en matière criminelle, il ne faut pas s'attendre à grand-chose.
La Cour suprême a statué en 2010 que l'emplacement d'un aérodrome était de compétence fédérale et n'était pas assujetti à la loi du Québec sur la protection du territoire agricole.
De la même façon que le Port de Québec a pleine autorité pour développer son territoire sans demander de permission.
La pratique des dernières décennies voulait cependant que le fédéral respecte le zonage local.
On a ainsi vu le Port de Québec renoncer parfois à des projets et aller en consultation même s'il n'y était pas tenu.
Le mépris du zonage et des volontés locales fait-il aussi partie de la nouvelle gouvernance du Canada sous les conservateurs majoritaires? Gardons-nous de conclure trop vite. On ne sait pas encore s'il y aura un portrait de la reine à l'aérogare.
Les citoyens de Neuville qui ont combattu le projet d'aéroport s'inquiétaient du bruit.
Les promoteurs ont fait valoir qu'il y aurait «seulement quelques avions». Une vingtaine en fait.
Si c'est seulement quelques avions, est-il vraiment besoin d'un nouvel aéroport? pourrait-on demander.
Les citoyens ont depuis mis la main sur une étude américaine qui suggère que les rejets de gaz au plomb des petits avions affectent la santé des citoyens vivant près des aéroports.
Dans une poursuite déposée l'an dernier en Californie, le Center for Environmental Health reproche aux autorités d'avoir caché le danger du plomb en violation des lois de l'État.
Cette poursuite pourrait avoir de lourdes conséquences sur l'aviation aux États-Unis (20 000 aéroports) et chez nous.
Si les rejets de plomb sont trop dangereux pour Portneuf, ils le sont aussi autour de l'aéroport de Québec. Beau débat en perspective.
Un aéroport à Neuville est-il dans l'intérêt public? C'est ultimement la question à poser.
Je ne parle pas seulement des enjeux d'environnement et de santé, mais de l'opportunité d'une piste d'atterrissage sur une terre agricole.
Les promoteurs y voient un «outil régional essentiel». Essentiel peut-être pour l'aviation civile et de loisir qui appréhende de fortes hausses de loyer à l'aéroport de Québec.
Mais certainement pas essentiel pour les citoyens ni pour la municipalité de Neuville, qui a peu à y gagner et préfère miser sur la qualité de vie.
Comme il n'y a pas d'impératif économique ou logistique ni d'intérêt public à ce que l'aéroport soit à Neuville, la logique voudrait qu'on l'aménage ailleurs. En retrait des zones habitées, là où il ne dérangerait et ne menacerait personne.
Il faudrait cela pour stopper les travaux et probablement dédommager les promoteurs qui étaient dans leur droit d'investir à Neuville. Le ministre sourire en aura-t-il le courage et la volonté? Je ne veux pas être pessimiste, mais j'ai comme une mauvaise intuition.