Le ministre et le vérificateur

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le ministre des Finances, Raymond Bachand, confirmera aujourd'hui la date de présentation du budget. Normalement, le ministère annonce cette date par le biais d'un communiqué de presse, mais le ministre a décidé cette année de rencontrer les médias pour situer son budget dans le contexte économique. C'était prévisible. Parce qu'avec le dépôt, jeudi dernier, du rapport du vérificateur général sur l'information financière du gouvernement, on a l'impression que le Québec a perdu le contrôle de sa dette. Le vérificateur y annonce que la dette brute par rapport au produit intérieur brut a grimpé d'un point et demi de pourcentage de mars 2010 à mars 2011, et qu'elle atteindra 55,6 % du PIB en 2013, avant de commencer à décroître. Il y attire par ailleurs l'attention des parlementaires sur la croissance des obligations contractuelles à la charge du gouvernement, qui ont «bondi» de 19,9 % au cours de la dernière année, pour atteindre 40,9 milliards$ au 31 mars 2011.

Le rôle du vérificateur général dans notre système parlementaire est précieux. En plus de surveiller la gestion passée des programmes des ministères, c'est lui qui nous assure de la fiabilité de la comptabilité gouvernementale. Il a joué un rôle majeur dans la réforme des méthodes comptables du gouvernement. Mais ce qu'il doit éviter, pour conserver sa crédibilité, c'est de faire de la politique. Or dans son dernier rapport, le VG donne un peu l'impression de prendre la plume du directeur parlementaire du budget à Ottawa, Kevin Page. Sur la scène fédérale, contrairement au vérificateur qui étudie la gestion passée des ministères et organismes, le directeur parlementaire analyse la gestion courante et le coût des mesures à venir. Il peut donc lui arriver, comme dans le cas du projet de loi 25 sur les peines de prison et les libérations conditionnelles, d'évaluer les coûts des mesures proposées pour les provinces. C'est un rôle précieux pour tous les parlementaires, surtout de l'opposition, mais qui peut mettre son titulaire en porte à faux par rapport au gouvernement.

À Québec, le dernier rapport du vérificateur donne l'impression d'avoir découvert des données cachées dans les prévisions du gouvernement. Il met un bémol sur la capacité du gouvernement d'équilibrer les finances publiques. En ce faisant, il court le risque d'alimenter le débat partisan, et qui plus est, de soulever des doutes sur le crédit du Québec auprès des agences comme Moody's ou Standard and Poor's.

Les chiffres dévoilés par le vérificateur la semaine dernière avaient déjà été publiés dans le plan budgétaire du printemps dernier et dans les comptes publics de l'automne. Il aurait dû le signaler dans son rapport.

Comprenons-nous bien, il n'a pas à excuser les difficultés du gouvernement à équilibrer les finances publiques. Mais la crédibilité de son poste est d'une telle importance qu'il se doit de dresser un portrait complet de la situation et ne pas crier au loup s'il n'a rien découvert de nouveau.

Le Québec devrait-il, par ailleurs, se donner un directeur parlementaire du budget, comme à Ottawa? Peut-être. Le PQ en a fait une promesse ferme s'il prend le pouvoir, pour mettre fin, dit son programme, au «traficotage» des finances publiques par les libéraux. Ce n'est pas très gentil à l'endroit des fonctionnaires du ministère des Finances, mais c'est une décision qui appartient aux politiciens.

En attendant, s'il y a vraiment eu du «traficotage» dans les chiffres, le vérificateur général a l'obligation de le dire. Mais si c'est le cas, il doit le dire clairement et éviter les sous-entendus.

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