M. Charest a un talent indéniable pour l'humour. Mais s'il est un domaine où il devrait s'en abstenir, c'est bien le Plan Nord. Les enjeux sont trop importants.
La question de l'utilisation de travailleurs chinois a effectivement été soulevée par la critique du PQ Martine Ouellet. Mais elle n'est pas farfelue compte tenu de la demande énorme en main-d'oeuvre spécialisée provoquée par les projets miniers en cours ou qui sont prévus dans le Nord-du-Québec.
D'ailleurs, il y a une phrase intéressante en page 38 du Plan Nord : «Des mesures permettant d'accélérer les procédures d'immigration de certains travailleurs spécialisés pourraient même être envisagées.»
Est-ce à dire que le Québec pourrait permettre aux minières chinoises d'importer des travailleurs temporaires de leur pays pour exploiter nos ressources, comme elles le font en Afrique? C'est la question que soulève la députée Ouellet.
Nous n'en sommes pas là, mais les besoins de main-d'oeuvre prévus par le gouvernement Charest bien avant le Plan Nord posaient déjà un défi très important.
Pénurie de main-d'oeuvre
Le rapport 2008 sur la formation professionnelle et technique du ministère de l'Éducation annonçait que, pour la période 2006 à 2011, l'économie créerait 246 000 nouveaux emplois, auxquels s'ajouteraient 454 000 emplois occupés par des personnes sur le point de prendre leur retraite. Le même rapport prédisait aussi une difficulté accrue au chapitre de la formation professionnelle et technique à cause du vieillissement de la population. «Le ministère prévoit que de 2007 à 2017, les effectifs totaux de l'enseignement primaire et secondaire diminueront de 7,7 %.»
Bref, quel que soit l'angle sous lequel on étudie la chose, il est clair que le Québec se dirige vers une pénurie de travailleurs spécialisés. Et voilà qu'arrive le Plan Nord avec sa propre demande supplémentaire de travailleurs.
Ressources humaines
Est-ce à dire qu'il faudra faire appel à des travailleurs étrangers temporaires? C'est déjà le cas avec les travailleurs mexicains pour les entreprises agricoles pendant l'été. Et c'est le cas sur une très grande échelle en Alberta. En décembre dernier, mon collègue Michel Corbeil a révélé que les firmes gravitant autour de l'industrie albertaine des sables bitumineux à Fort McMurray ont embauché 58 000 travailleurs étrangers temporaires en 2011, et qu'on se dirige vers les 100 000. Des gens qui viennent notamment du Mexique... et de la Chine.
La pression des minières sur nos ressources humaines se fait déjà sentir dans toutes les régions du Québec. Mais les salaires versés ont au moins l'avantage d'être dépensés chez nous. Si le développement du Nord se fait à un rythme tellement rapide qu'il nous faut importer beaucoup de main-d'oeuvre temporaire venant de l'étranger, ces salaires iront ailleurs.
Question : puisque les prévisions de nos experts concernant la demande internationale pour nos métaux portent sur une très longue période, et puisqu'il s'agit d'une ressource non renouvelable, faut-il vraiment autoriser tous les nouveaux projets de mines en même temps?
C'est le genre de question qui mérite des réponses sérieuses de la part du gouvernement, et non pas le sarcasme dont raffole parfois le premier ministre.