La stratégie «gagnante» de Seattle

François Bourque
Le Soleil

(Québec) Pendant que nous supputions sur l'emplacement du futur amphithéâtre, Seattle a franchi un premier pas pour se doter d'un nouvel aréna.

Un projet privé de 500 millions$. Seattle espère y attirer une équipe de basketball de la NBA et comme il faudra une seconde équipe pour le rentabiliser, elle vise aussi la Ligue nationale de hockey (LNH).

La stratégie des deux villes est complètement différente. Québec a choisi de construire sans certitude d'obtenir une équipe.

C'est le scénario de Field of Dreams: «If you build it, they will come.»

Pour Seattle, ce serait plutôt le titre «J'attends quelqu'un» ou la réplique de Cuba Gooding Jr dans Jerry Maguire: «Show me the money», et alors on construira.

Seattle veut d'abord une garantie de la NBA et de la LNH, ce qui place la barre haut. Il est déjà difficile d'obtenir une équipe des ligues majeures. Elle en veut deux en même temps.

Outre le choix de stratégie, le projet de Seattle soulève quelques questions intéressantes pour Québec.

Une première, d'ordre financier: son aréna aura-t-il le même poids sur les finances publiques que celui de Québec?

Ou, si vous préférez, Québec a-t-elle conclu un «bon deal» avec Quebecor si on compare avec Seattle?

Une seconde question, plus spéculative, à laquelle on cherche depuis deux jours la réponse. Seattle vient-elle de passer devant Québec dans la course à une équipe de la LNH?

Si on s'arrête aux chiffres, Seattle aura un arrangement plus payant.

Le promoteur Christopher Hansen mettra 290 millions$. S'ajoute un prêt public de 200 millions$, mais qui devra être remboursé en 30 ans avec les taxes et les loyers générés par les équipes professionnelles.

S'il y a dépassement de coûts ou des déficits d'exploitation, ils seront à la charge du privé.

Les citoyens ont voté en 2006 l'«Initiative 91», qui interdit à la Ville d'investir dans un équipement de sport si elle n'y fait pas de profits.

Les citoyens ne paieront rien pour l'aréna, que ce soit de nouvelles taxes, une réduction de services ou un endettement supplémentaire.

Le promoteur devra par ailleurs payer une étude sur les moyens de maintenir la rentabilité du vieux KeyArena municipal, qui sera délaissé si un nouvel aréna est construit.

Les obligations et les montants évoqués cette semaine ne font encore l'objet d'aucune entente formelle entre la Ville et le promoteur. Avant de signer, la Ville a mandaté un comité d'experts qui doit lui faire rapport avant la fin mars.

Des citoyens chercheront-ils à contester le prêt de 200 millions$? Rien ne l'indique pour l'instant, mais il suffit parfois d'un seul. Québec est bien placée pour le savoir.

Le montage financier de l'amphithéâtre de Québec est très différent de celui de Seattle. À noter que la taille et l'économie des villes le sont aussi.

Si Québec avait attendu après le privé, il n'y aurait pas de projet d'amphithéâtre parce que ce n'est pas rentable.

On connaît la suite: 400 millions$ d'investissement public. Moins la contribution de J'ai ma place, environ 15 millions$. S'il y a dépassement de coûts, c'est le public qui va payer.

L'entente avec Quebecor a plusieurs vitesses, selon qu'il y a ou pas une équipe de la LNH et la performance de l'amphithéâtre. Dans le meilleur des cas, Quebecor verserait jusqu'à

188 millions$ en 25 ans. Dans le pire, s'il n'y a jamais d'équipe et un gros déficit d'exploitation chaque année, ce pourrait être aussi peu que 33 millions$.

Seattle est-elle passée devant Québec?

Pas encore.

1. La LNH cherche des propriétaires très riches, et Seattle n'en a pas encore. Christopher Hansen est prêt à acheter une équipe de la NBA, mais pas une équipe de hockey.

2. Le projet d'aréna est encore incertain. «Les planètes ont besoin d'être alignées, et je ne peux prédire le résultat», a prévenu le maire Mike McGinn.

3. Si la LNH veut bouger rapidement, un propriétaire acceptera-t-il de manger ses bas pendant plusieurs saisons dans le vieil aréna Key, dont la capacité pour le hockey est de moins de 10 000 sièges?

4. Se pose aussi une question de marché. Dans une économie encore fragile, les citoyens et les entreprises peuvent-ils soutenir l'arrivée simultanée de deux nouvelles équipes?

5. Seattle est une grosse ville et un gros marché de télé à 3,5 millions de personnes. Elle créerait une bonne rivalité avec Vancouver sur le fuseau horaire de l'Ouest.

Sauf qu'aux dernières nouvelles, Québec est encore au Canada. Et ce sont les villes canadiennes qui sont actuellement les plus payantes pour la LNH.

Sur la base de l'information connue, le dossier de Québec semble plus avancé.

Mais il ne faudrait pas que la Ville se mette à cafouiller trop souvent, comme elle vient de le faire avec la contamination du sol, qui la force à revoir en catastrophe l'emplacement de l'amphithéâtre.

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