M. Boisvenu mène une croisade personnelle depuis 10 ans pour défendre les victimes des criminels.
Personne ne voudrait avoir vécu sa vie et son drame à la suite de meurtre de sa fille par un récidiviste, personne ne peut jurer qu'il pourrait surmonter le choc mieux que lui.
Cela dit, il y a une limite à tout, surtout lorsqu'on occupe un poste public aux frais des contribuables et que l'on profite d'une nomination partisane.
Pour ceux qui ont manqué le dérapage du jour, hier, voici ce qu'il a dit durant ses neuf secondes de gloire lors d'un impromptu de presse :
«Dans le fond, il faudrait que chaque assassin aurait [sic] le droit à sa corde dans sa cellule. Il décidera de sa vie», a-t-il lancé après s'être prononcé contre le retour en principe de la peine de mort. M. Boisvenu s'interroge toutefois sur le sort à réserver aux tueurs en série, comme Paul Bernardo, Clifford Olson et Robert Pickton.
Stephen Harper a plus d'une fois pris l'engagement de ne pas rouvrir le débat sur la peine de mort.
Mais aux Communes, hier, le premier ministre a détourné la question et ouvertement appuyé le sénateur en disant que «ce gouvernement existe pour appuyer les victimes» d'actes criminels.
J'ignore si cette froide réaction camoufle une colère quelconque, surtout que les propos de M. Bienvenue ont gêné plusieurs de ses collègues.
Mais il faut comprendre que M. Harper a carrément utilisé la notoriété de M. Boisvenu en le nommant au Sénat avec le mandat de propager la bonne nouvelle du law and order conservateur.
Il serait mal venu aujourd'hui de le jeter aux orties, car le sénateur a dit tout haut ce que pensent plusieurs de ses collègues du Parti conservateur.
La tempête politique et médiatique n'a pas tardé, et autant Nycole Turmel que Bob Rae n'en croyaient pas leurs oreilles une fois mis au courant de cette énormité.
Les réseaux sociaux ont explosé avec raison, malgré certaines interventions sensationnalistes tout aussi déplacées que la gaffe elle-même, mais contrairement aux journalistes, vous n'êtes pas obligés de lire toutes les âneries qui y sont publiées.
En toute honnêteté pour M. Boisvenu, voici le coeur du communiqué publié par son bureau :
«Le sénateur trouve son commentaire inapproprié. Il regrette ne pas avoir pu clarifier l'idée qu'il voulait exprimer sur les criminels en série. Il désire retirer publiquement cette déclaration.»
«De plus, si son commentaire a blessé les proches de personnes s'étant suicidées, il tient à s'en excuser», ajoute le texte. «Le sénateur tient à réitérer qu'il croit dans la réhabilitation et qu'il travaille activement à améliorer les programmes fédéraux qui sont offerts aux criminels incarcérés dans les pénitenciers canadiens, et ce, pour le bien des victimes d'actes criminels.»
Sa réaction soulève d'autres questions. Que voulait-il vraiment dire sur les grands criminels? Il retire sa déclaration, certes, mais est-ce que parce que le fond de sa pensée est vraiment impubliable?
M. Boisvenu s'excuse auprès des proches de personnes suicidées si son commentaire les a blessés. C'est nul, d'autant plus que le Code criminel interdit toute incitation au suicide.
Il devrait plutôt s'excuser auprès de toute la société, au vu des conséquences de toute provocation ou allusion au suicide, et s'inscrire à une cure de silence dans un monastère de son choix.