Les pensions, le vent et la réalité

(Ottawa) Super-bonbon pour les partis d'opposition, que cette sortie de Stephen Harper à Davos, la semaine dernière, au sujet de l'avenir du programme de sécurité de la vieillesse.

À la vérité, il faut prévoir et planifier, là comme ailleurs. Mais heureusement, contrairement à ce que l'on pourrait croire des déclarations des derniers jours, la réflexion se fait depuis longtemps et sur une base permanente.

Par souci de justice et d'équité, il faut régler ces questions une génération à l'avance. Les conservateurs n'inventent rien en ranimant le débat, mais il faut comprendre leur initiative dans leur projet global de réinventer la société canadienne.

Cette «réingénierie» veut alléger le rôle du gouvernement dans la vie des citoyens et, au bout du compte, privatiser au maximum le financement de leur retraite.

«Le Régime de pensions du Canada est suffisamment capitalisé, solide sur le plan actuariel et n'a pas besoin d'être modifié», a dit M. Harper en Suisse. Bonne nouvelle pour les premiers 12 000 $ annuels des retraités.

«Pour ce qui est des éléments du régime qui ne sont pas capitalisés, nous y apporterons les changements nécessaires afin d'en assurer la viabilité pour la prochaine génération, sans pénaliser les prestataires actuels», ajoutait-il en lançant la crise.

Voilà matière à inquiéter les moins bien nantis, ceux qui ont besoin des 6000 $ supplémentaires pris à même les budgets publics pour assurer leurs fins de mois de la manière la moins disgracieuse possible.

Il n'y a pas le feu, ne cessent de répéter cette semaine le premier ministre et ses hauts parleurs québécois, les retraités actuels et ceux des prochaines fournées ne seront pas touchés.

Pas plus tard que l'an dernier, nous rappelait pourtant le Globe and Mail de lundi, une étude commandée par le gouvernement lui-même donnait une image des défis qui nous attendent hors de toute proportion avec le catastrophisme nouveau des conservateurs sur le sujet.

Je comprends que M. Harper s'adressait à un auditoire d'abord européen et qu'après avoir fait la leçon à nos amis du G-7, du G-20, de l'OCDE et du FMI, il devait jeter un peu de lest pour ne pas paraître trop arrogant.

Mais il faut voir dans le discours de Davos, au fond, un exposé de philosophie économique qui correspondait aux attentes de son public et de la réputation qu'il veut laisser sur une scène internationale qu'il a trop longtemps négligée.

M. Harper, faut-il croire, n'a pas lu ou pas cru l'étude d'Edward Whitehouse dont je vous parlais plus haut. Car le document assure que dans une perspective internationale, notre régime de pensions se porte bien, et très bien même pour les travailleurs à bas revenus, et que le taux d'immigration joue en notre faveur.

Les conservateurs favorisent les régimes privés et ont même bâillonné l'opposition hier sur le projet de loi C-25 relatif aux régimes de pensions collectifs privés.

Sans vouloir jouer au pisse-vinaigre en ce dernier mois pour y investir, je note que le seul point négatif de l'étude de M. Whitehouse touchait «l'ampleur des coûts administratifs» des REER.

Ce n'est pas par hasard que le gouvernement évoque en même temps le doublement éventuel des coupes budgétaires de 4 à 8 % et une révision de la sécurité de la vieillesse.

Une fois le premier objectif réalisé, les conservateurs diront que le second prend désormais trop de place dans le budget, et que lui aussi devra passer sous le couperet.

Au-delà des vents partisans, des attaques et des dénégations, la réalité conservatrice revient toujours à la surface : moins d'État, certes, mais sur le dos des plus démunis, dans ce cas précis.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer