Pas facile, le renouveau politique

(Ottawa) Le Parti libéral évoque à plein temps la nécessité de se renouveler, de recruter de nouveaux membres, de reprendre la confiance des électeurs, de faire de la politique d'une manière différente.

De peine et de misère, les perdants manquant nettement de grâce dans leur défaite, il a quand même brisé le tabou hier du «club fermé» qui l'afflige depuis des années.

Vous l'avez deviné, l'exercice n'avait rien de facile ou d'évident. Si les jeunes appuyaient sans réserve le vent de réforme, il fallait quand même voir la tête de plusieurs vétérans du parti, sinon opposés, du moins simplement résignés à affronter la nouvelle réalité.

Même intérimaire, mais songeant toujours au mieux-être de son parti, le chef Bob Rae a pris le taureau par les cornes, en soirée, et mis tout son poids derrière la carte du changement.

En une brève minute émotive, au début d'un long débat de 40 minutes, il a invité les délégués à participer à ce qu'il a appelé «un changement historique».

Le débat portait sur les effets concrets de cette volonté d'ouverture du parti non seulement envers ses membres, mais aussi, dans ce cas précis, envers une nouvelle catégorie baptisée comme étant des «partisans».

Ces partisans auront le droit de participer à l'élection du chef du parti, selon le système qui en France a donné une vigoureuse poussée au socialiste François Hollande.

M. Rae avait choisi ce vote pour tester en quelque sorte son poids réel au sein du parti. Un échec après qu'il se fut mouillé à ce point aurait affaibli un pouvoir moral qu'il concrétisait jour après jour, ces derniers mois. La question de son avenir politique aurait été vite résolue.

Le président sortant, Alfred Apps, a lancé l'automne un pavé dans la mare libérale en proposant de choisir le prochain chef, et aussi les candidats locaux, par un régime d'élections ouvertes non seulement aux membres en règle du parti, mais aussi à tous ceux qui en partagent les valeurs.

Le nouveau système, je vous le dis tout de suite, ne casse rien, sinon de vieilles habitudes permettant à un petit groupe restreint de contrôler le PLC.

Ledit partisan devra soutenir les objectifs du parti et ne pourra être membre d'aucun autre parti politique fédéral. Si «le parti doit promptement admettre comme partisan chaque personne qui a soumis une demande», il pourra toujours refuser un demandeur «s'il a des motifs raisonnables de croire» qu'il n'est pas vraiment un sympathisant.

Autrement dit, la porte ainsi ouverte demeure dans les faits entrebâillée et facile à refermer, mais dans un contexte général plus sympathique pour des gens qui refusent de s'encarter formellement dans un parti politique.

Au départ, il aurait été étonnant que 3200 délégués, tous membres en bonne et due forme du parti, cèdent leur pouvoir exclusif de choisir le prochain chef en leur nom. Pour tout dire, les vieux routiers regimbaient, dans leurs conversations privées.

Mais, dans la logique de remise à jour de la machine libérale, la décision, une fois décryptée, prend tout son sens : le parti, pour assurer son financement par des méthodes contemporaines (lire : Internet), a besoin d'adresses courriel.

L'argent est là, à preuve les succès du Parti conservateur dans ce domaine, et tel est aussi l'argument majeur que l'on m'a répété plus d'une fois depuis vendredi.

Troisième parti à la Chambre des communes, en descente constante depuis 2004, le Parti libéral craignait de lire ce matin une volée de manchettes répercutant son obstination à ne rien changer. Il a réussi à éviter ce que certains appréhendaient comme une nouvelle catastrophe politique.

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