Un cocktail d'émotions qu'il se dit cependant capable de canaliser au bon endroit dès le coup d'envoi de ce match ultime qui oppose son club aux Marauders de McMaster. «Je ne suis plus le joueur que j'étais lorsque je suis arrivé à l'Université Laval, a-t-il confié. Je fonctionnais plus par réaction à mes débuts dans le foot universitaire. Je courais partout sur le terrain, j'essayais de tout faire par moi-même. J'ai appris énormément de mes coachs, qui ont su m'inculquer des habitudes de travail qui me surprennent moi-même. Je joue dans mes limites, ce qui me rend bien meilleur.»
C'est pas compliqué, le gaillard de 6'1'' et de 240 livres a fait le tour du jardin dans le circuit universitaire et il est prêt à passer à autre chose, même s'il lui reste de l'admissibilité. Classé quatrième plus bel espoir du prochain repêchage de la Ligue canadienne de football, il pique même la curiosité de quelques clubs de la Ligue nationale de football.
«À moins qu'il arrive quelque chose d'extraordinaire dans mon cheminement, je ne reviens pas chez le Rouge et Or. Je me sens prêt à passer à autre chose. J'ai tout investi pour arriver où je suis aujourd'hui. Il me reste un gros match à jouer et à gagner. Et pour l'instant, c'est ma seule préoccupation. Mais après, je m'attaque à un autre niveau de jeu.»
Il s'en est passé des choses dans la vie d'athlète du numéro 3 du Rouge et Or depuis qu'il a semé la pagaille dans le football collégial avec les Cougars du Cégep Champlain. Pas surprenant qu'il se soit retrouvé chez les Bears de Baylor de la NCAA après avoir réussi 163 plaqués, 10 sacs du quart et six interceptions en trois campagnes avec la troupe de Lennoxville. Dont près de la moitié de ces impressionnants totaux à sa seule dernière saison.
Malheureux au Texas
Son rêve de jouer au football universitaire américain a cependant pris fin après une seule année alors qu'il n'avait pas participé à un seul jeu à Baylor. Malheureux dans les plaines du Texas, il est revenu au Québec. «La meilleure décision de ma vie, s'est-il exclamé. Je me suis retrouvé au sein d'une famille extraordinaire chez le Rouge et Or, avec un coach exceptionnel en Glen Constantin. Glen a fait toute la différence, autant sur le terrain que dans la vie de tous les jours. Il a toujours été là pour moi et je sais qu'il le sera toujours.»
Après sa superbe saison l'an passé alors qu'il avait été couronné meilleur joueur défensif au Québec et qu'il avait été nommé dans la première équipe d'étoiles au pays, on s'attendait à de grandes choses cet automne. Mais des blessures ont handicapé son début de saison, l'empêchant d'aspirer à d'autres grands honneurs individuels. «Ça ne m'empêche pas de dormir, a-t-il cependant laissé tomber. Je suis un gars d'équipe avant tout. J'ai retrouvé la santé juste au bon moment. C'est tout ce qui compte.»
Malheureusement pour les adversaires du Rouge et Or, Plesius est effectivement dans sa meilleure forme de la campagne. Sacré joueur de la semaine en raison de ses prouesses contre les Dinos à Calgary vendredi dernier, il trépigne à l'idée de fouler un autre terrain de pros à Vancouver, ce soir.
«Les Marauders représentent tout un défi, sans l'ombre d'un doute la meilleure équipe que nous ayons affrontée cette année. Leur quart-arrière Quinlan [Kyle] est le meilleur au pays. Il a un bon bras, est précis, est mobile. Deux de ses receveurs sont des étoiles, dont DiCroce [Michael]. Et son front est immense. Nous ne manquerons pas d'ouvrage. Mais c'est ce qui me motive le plus. C'est ça qui est le fun.»
Et si Plesius s'amuse, ce sont les joueurs des Marauders qui vont trouver le temps long!
La NFL sur place
Frédéric Plesius prend-il ses rêves pour la réalité lorsqu'il se met à parler de la possibilité de jouer un jour dans la Ligue nationale de football? Pas vraiment, parce que figurez-vous qu'en cette semaine de la Coupe Vanier et de la Coupe Grey à Vancouver, quelques espoins de la NFL sont sur place. Dont au moins un pour voir de ses yeux de quel bois se chauffe le gros numéro 3 du Rouge et Or.
C'est Glen Constantin lui-même qui a vendu la mèche. Mercredi midi, à quelques heures de l'entraînement de ses protégés sur le terrain de UBC, le téléphone de l'entraîneur-chef lavallois sonne. À l'autre bout du fil, un évaluateur de talent du circuit américain qui veut tout savoir sur Plesius et demande où il devrait aller pour le voir à l'oeuvre. «Mais je ne l'ai pas dit à Frédéric», a noté Constantin, sourire en coin. «Il a d'autres préoccupations dans le moment.»
Constantin avait déjà révélé pendant la saison qu'il commençait à entendre des bruissements venant de quelques sources de la NFL concernant son secondeur. Eh bien voilà, c'est confirmé de façon concrète. Reste maintenant à voir comment on va l'évaluer.
Sans savoir qu'on l'épiait, Plesius avait lui-même noté qu'il était réaliste pour lui de rêver à la grosse ligue. «J'y pense depuis que j'ai 11 ans, a-t-il révélé. Dans ma tête, je sais que je possède ce que ça prend pour rivaliser avec les meilleurs. Je connais des gars que j'ai côtoyés à Baylor, Jason Smith et Phil Blake entre autres, qui y arrivent.»
Un rat de bibliothèque
Et l'un de ses plus ardents promoteurs est son patron Constantin. «Frédéric est un athlète incroyable qui est déterminé à aller au bout ses limites. Il est assez rapide pour faire de la couverture de passes et il est assez fort pour contenir et neutraliser les gros gars de ligne.»
Reste à voir jusqu'où Plesius peut aller. Mais c'est déjà très clair dans la tête de Constantin qu'il ne reverra pas son as dans l'uniforme Rouge et Or la saison prochaine. «C'est toujours dommage de perdre un joueur d'impact, mais nous sommes là pour développer les joueurs. Notre mandat est clair. Nous préparons nos jeunes pour leur avenir, que ce soit sur le terrain ou dans la vie de tous les jours. Ce qui me fait le plus plaisir dans le cas de Frédéric, c'est qu'il est devenu un excellent étudiant athlète. L'université s'en sert même dans sa campagne de promotion en disant qu'il est devenu un rat de bibliothèque. Je suis vraiment fier de lui. Il est prêt pour la prochaine étape, peu importe ce qu'elle sera.»