Depuis la fin de semaine, Mme Marois et Agnès Maltais ne sont plus les seules victimes des dommages collatéraux de politiques rédigées en catastrophe. Dimanche soir, à Tout le monde en parle, on a vu le ministre Pierre Moreau défendre avec conviction la première version de la commission d'enquête sur la construction, alors qu'elle avait déjà été torpillée, vendredi soir, par Jean Charest. M. Moreau a été confronté de façon pas très respectueuse par le chroniqueur Patrick Lagacé, assis à ses côtés, qui l'a accusé de «malhonnêteté» et de dire des «niaiseries». Il faut savoir que l'émission avait été enregistrée jeudi soir, soit 24 heures avant que M. Charest ne fasse sa volte-face. Tout cet épisode a été humiliant pour plusieurs ministres, dont Jean-Marc Fournier, qui sont allés au front pour défendre leur gouvernement sans savoir que l'on préparait un tel virage.
Tomassi ne sera pas là
Avis à ceux qui aimeraient voir Tony Tomassi devant la commission Charbonneau pour expliquer s'il y a eu un troc de permis de garderies en retour d'un financement au Parti libéral du Québec : il ne sera pas là. Le mandat donné à la juge Charbonneau spécifie clairement que cette portion de l'enquête sur le financement des partis politiques doit être en lien avec l'octroi et la gestion des contrats dans la construction. Pas question, donc, de fouiller l'univers des permis de garderies et encore moins celui des autres grands lobbies comme les pharmaceutiques.
Le pari de Marissal
Les chroniqueurs politiques ne sont pas différents des chroniqueurs sportifs lorsqu'ils tentent de prédire l'avenir. Ils n'ont aucune certitude. Mon collègue Vincent Marissal m'a mis au défi de parier une «bonne» bouteille sur ma prédiction de samedi, annonçant le départ de Jean Charest pendant la première moitié de 2012. Je ne suis pas un joueur, mais quand l'honneur de mon journal est en cause, c'est différent.
Marissal est un amateur de grands crus. J'ai exigé qu'il définisse ce qu'il entend par «bonne» bouteille. Il suggère un Château Haut-Bages Libéral. Vérification faite, la cuvée 2000 se vend 126 $ la bouteille. Afin de ne pas appauvrir mon jeune collègue pour qui j'ai beaucoup d'amitié, j'ai proposé un 2006 à 45,95 $...
C'est vrai, comme l'a écrit Vincent, que le chef libéral est très aimé de ses militants. Sur le plan personnel, M. Charest est l'un des politiciens les plus gentils et amusants qu'il m'ait été donné de connaître. Mais ce n'est pas l'amour des militants qui compte dans la décision finale, c'est l'opinion des électeurs. Dans le meilleur des scénarios, Jean Charest pourrait espérer former un gouvernement minoritaire. A-t-il vraiment le goût de tenter le diable une quatrième fois pour n'obtenir qu'un gouvernement soumis aux caprices de l'opposition? J'en doute.
En politique, le plus difficile est de trouver une porte de sortie honorable. Si la commission Charbonneau lui permet d'évacuer le débat de la construction jusqu'à l'été et que le PLQ reprend sa place dans les sondages, M. Charest aura une belle fenêtre pour partir la tête haute. Sinon, il devra se résigner à partir.