Je vous le concède. Aucun ministre n'a demandé si Jean Béliveau était encore le capitaine du Canadien de Montréal.
Quand on y pense, c'est plus étonnant encore. Du jour au lendemain, les ministres se sont mis à discuter ouvertement d'une enquête publique sur l'industrie de la construction et sur le financement des partis politiques. Du jour au lendemain, ils se sont mis à prêcher une écoute attentive de l'opinion publique. L'hérésie est devenue le discours officiel. L'Église a autorisé les bonnes soeurs à discuter de l'opportunité d'installer des distributrices de condoms partout au Vatican!
Attendez. J'exagère un peu. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il en a fallu du temps pour en arriver là!
Depuis l'automne 2009, tous les sondages suggèrent qu'une écrasante majorité de Québécois veulent une enquête publique. Dès le mois d'octobre 2009, un sondage Angus Reid Strategies évoquait le chiffre de 82 %. Le même coup de sonde révélait qu'à peine 3 % des électeurs croyaient que les contrats étaient attribués «selon les règles de l'art», dans les grandes villes du Québec.
Trois pourcent? Pour vous donner une idée, c'est à peu près la proportion de gens qui prétendent avoir été enlevés par les extraterrestres...
Où étaient donc nos ministres libéraux, ces dernières années, alors que se multipliaient les révélations sur l'industrie de la construction et sur le financement politique?
Les mauvaises langues diront qu'ils étaient très occupés à idolâtrer leur chef, Jean Charest. Un chef qui leur disait en substance : «Quand je voudrai connaître votre opinion, je vous la donnerai».
Mais ne soyons pas trop méchants.
À la décharge des uns et des autres, il faut constater que l'opinion publique québécoise est aussi facile à saisir qu'un brin de foin dans une botte d'aiguilles.
Les manifs réclamant une enquête publique sur l'industrie de la construction n'ont jamais fait courir les foules. Le lancement du moindre bidule informatique attire plus de monde. Et on ne parle même pas des foules considérables qui se sont déplacées pour réclamer le retour des Nordiques...
De mémoire, il n'y a jamais eu plus de 2000 personnes dans la rue pour réclamer une enquête publique sur l'industrie de la construction. Souvent, on dénombrait quelques centaines de braves. Pas plus.
Dans les circonstances, comment s'étonner qu'un gouvernement n'ait pas ressenti l'urgence? Ou qu'il ait pu croire que la grogne constituait un mal passager, qui s'estomperait vite? Comme le disait Francis Blanche : «Quand on a la santé, c'est pas grave d'être malade»...
Ces jours-ci, certains éléments du Parti libéral du Québec semblent sortir d'une longue torpeur.
Faut-il y voir l'onde de choc des sondages octroyant à peine 22 % des intentions de vote au Parti? L'équivalent politique de plusieurs centaines de sirènes d'alarme qui sonnent en même temps?
Tout bien considéré, on aurait tort de s'emballer trop vite. Au Québec, les politiciens attendent généralement d'avoir quitté la vie publique pour livrer le fond de leur pensée. On jurerait même que moins vous avez d'avenir politique, et plus vous avez d'idées.
Joseph Facal, Liza Frulla, Marc Bellemare, on ne compte plus les ministres qui se sont découvert une envie pressante de changer le monde... une fois leur carrière politique terminée...
Lundi, c'était au tour de Robert Benoît, un ancien député libéral, d'appeler les délégués du prochain congrès de son parti à «brasser la cage».
Loin de moi l'idée d'accabler M. Benoît. Mais quel dommage qu'il n'ait pas affiché le même franc-parler du temps où il était député...
La démocratie, c'est surtout bon chez le voisin, comme le résume une caricature récente, parue dans la presse américaine.
À New York, dans le quartier de la finance, deux agents de courtage regardent le campement des manifestants du mouvement Occupons Wall Street.
Et le premier dit à l'autre : «La liberté, je l'aimais bien en Égypte. Mais pas ici.»