Vendredi soir, Quebecor a d'abord publié, puis retiré de son site canoe.ca un texte du journaliste Taïeb Moalla donnant la réaction de Khadir à cette chronique. Censure? La question a vite fait le tour des réseaux sociaux.
Le directeur de l'information du Journal de Québec, Éric Cliche, a déclaré hier que c'est lui qui avait commandé l'article mais qu'il avait refusé de le publier parce qu'il était «incompréhensible». Pourtant, le journaliste avait modifié son texte vendredi soir à la demande de ses patrons. Il avait également obtenu les commentaires d'un expert indépendant qui contredisait la thèse de Duhaime. Malgré tout, il a fallu trois jours avant que le journal accepte finalement hier de publier le texte, après quelques modifications mineures et de nombreux appels des médias.
Les accusations de censure sont venues rapidement en raison des pratiques de Quebecor, qui a la réputation de passer des commandes politiques à ses journalistes. Or, le texte commandé à Moalla en suivi à la chronique de Duhaime contredisait les allégations du chroniqueur.
C'est la première fois qu'en raison des traces laissées sur Internet, on assiste à un cas aussi troublant de contrôle sur le travail des journalistes. Le dernier congrès de la Fédération professionnelle des journalistes a décrié les pratiques de Quebecor. Le ministre Raymond Bachand les a dénoncées à l'occasion du dépôt de son budget.
«C'est la nouvelle croisade de Quebecor», s'est impatienté le ministre, lorsqu'un journaliste du canal Argent l'a questionné sur «les abus» présumés du fisc québécois.
Hier, la direction du Journal de Québec a soutenu que le retrait du texte de Moalla était le résultat d'un «imbroglio». Le directeur de l'information, Éric Cliche, a affirmé qu'il n'avait jamais été question de priver Amir Khadir de son droit de réplique.
«Il goûte à sa médecine»
Le chroniqueur Éric Duhaime, qui a été à l'origine de tout ce débat, doute aujourd'hui que Khadir se soit placé en situation de conflit d'intérêts sur le Plan Nord. «Je ne pense pas qu'il ait fait ça pour les intérêts économiques de son père [...] mais il goûte à sa propre médecine.» Duhaime a expliqué au Soleil que Khadir fait régulièrement les mêmes accusations à l'endroit des autres. «À l'écouter, les Américains sont allés en Irak parce que Dick Cheney avait une compagnie de sécurité. Il n'arrête pas de faire des liens avec le financement du Parti libéral du Québec. Alors j'ai fait du Amir Khadir.»
Néanmoins, Duhaime a pris ses distances de la décision de Quebecor de ne pas publier la riposte de Khadir. «J'ai bien des défauts, mais je ne suis pas contre la liberté d'expression.»
Ce n'est pas la première fois que Duhaime s'en prend à Amir Khadir. En novembre dernier, il lui a reproché d'avoir un agenda islamique. En fin d'après-midi, Québec solidaire a publié un communiqué de presse invitant la direction du Journal de Québec «à plus de rigueur».
L'incident est clos, sauf qu'il y a une autre victime dans cette affaire. C'est Taïeb Moalla, un journaliste de grande qualité qui travaille comme un forcené pour son journal, et à qui ses boss font maintenant porter le blâme en l'accusant d'avoir fait un texte «incompréhensible». Ça, c'est vache!