Les patrons de l'INO sont sortis profondément frustrés de ce constat. Où sont nos priorités se demande le pdg de l'Institut, Jean-Yves Roy. «Depuis 15 ans, c'est ce dossier-là qui a changé le plus profondément la vie économique de Québec. Mais on ne le sent pas dans les préoccupations», a-t-il déclaré hier. «Ça me déconcerte à chaque fois.»
M. Roy n'a rien contre le projet d'amphithéâtre. Mais il constate, comme plusieurs autres, que ce dossier cher au maire Labeaume occupe beaucoup de place dans l'actualité.
C'est vrai que nos priorités sont souvent mal ciblées. Mais ce sont les politiciens qui animent le débat public avec les priorités qui les ont fait élire. Combien de fois avez-vous entendu M. Labeaume parler de l'Institut national d'optique au cours de la dernière année?
Pourtant, la recherche scientifique, c'est plus de 5000 emplois et une centaine d'entreprises à Québec. On parle ici d'employés très bien rémunérés, qui paient des taxes municipales et scolaires à Québec, qui paient des impôts au Québec, et qui oeuvrent dans des domaines d'avenir. Alors qu'un joueur de hockey professionnel...
L'ancien recteur de l'Université Laval, Jean-Guy Paquet, compte parmi les missionnaires qui ont mis l'INO en place et qui continuent de faire son lobby auprès des gouvernements. Il se souvient des beaux coups, comme l'arrivée de Biochem Pharma à Québec. Il se rappelle aussi du lobby sous Marcel Aubut, alors président du C. A. de l'INO, pour obtenir le déménagement de Forintek de Gatineau à Québec. Forintek, c'est maintenant FPInnovations, le plus important institut de recherche forestier à but non lucratif au monde avec plus de 600 employés un peu partout au Canada.
L'annonce de Verner
Retour au point de départ : ça peut sembler banal, cette annonce de 45 millions $ pour l'INO par Josée Verner, parce que c'est pour une période de cinq ans à compter du 1er avril. Mais c'est justement ça qui fait la différence : c'est la première fois que le gouvernement fédéral accepte de s'engager sur cinq ans. En 2006, le premier ministre Charest avait accepté d'impliquer son gouvernement sur un plan quinquennal, avec une participation de 50 millions $. Mais le fédéral avait d'abord annoncé une subvention de 18 millions $ sur trois ans, qu'il avait ensuite bonifiée de 15 millions $ supplémentaires. En juin 2009, Stephen Harper a reconduit la participation de son gouvernement avec une tranche supplémentaire de 12 millions $, pour un grand total de 45 millions $.
Cette année, c'est le gouvernement fédéral qui prend l'initiative de s'impliquer sur une longue période. La participation du Québec n'a pas encore été annoncée et devrait normalement l'être dans le budget Bachand.
La perspective d'une campagne électorale fédérale a sans doute compté dans l'annonce de Mme Verner, mais peu importe. Il a fallu des années de démarchage auprès des deux ordres de gouvernement pour les convaincre de s'engager financièrement sur des périodes de cinq ans. Cela permet à l'Institut de mieux planifier, au lieu de gérer à la petite semaine en se demandant chaque année s'il aura les fonds nécessaires pour continuer.
Faudra-t-il construire une patinoire dans le Parc technologique pour en faire une priorité dans l'opinion publique?