Vouloir doubler d'un coup son salaire d'élu municipal à temps partiel. Sans en avoir parlé évidemment en campagne électorale. Il y avait là quelque chose d'excessif. De provocant même.
Les élus de Stoneham-Tewkesbury l'auront compris, un peu sur le tard, mais l'auront finalement compris.
Le projet initial qui devait être soumis au conseil hier soir prévoyait doubler en 2012 le salaire du maire, Robert Miller (de 15 500 $ à 31 500 $), et celui des conseillers (de 5200 $ à 10 500 $). Plus les allocations de dépenses.
La hausse sera finalement plus modeste. Un peu l'an prochain, un peu plus en 2013. Au total, une hausse de 50 % en deux ans. Ça reste beaucoup. Plus que les hausses consenties à n'importe quel employé, que ce soit à Stoneham ou ailleurs.
Certainement trop au goût de citoyens opposés à l'administration locale et qui dénoncent le manque de transparence de leurs élus et leur insouciance par rapport aux finances de la Ville.
Reste que les élus ont entendu la grogne des citoyens et se sont stratégiquement repliés.
La pilule aurait peut-être été plus facile à avaler pour les citoyens si le conseil n'avait pas voté cette année encore une augmentation de taxes; s'il n'avait pas accru le ratio du service de la dette; s'il ne venait pas de signer en catimini une entente de séparation de 273 000 $ avec l'ancienne directrice générale de la Ville sans jamais dire pourquoi; s'il n'avait pas tant donné l'impression d'être à la dernière cenne en tergiversant pendant un an, avant de se résigner à payer pour ses jeunes qui jouent au hockey dans les arénas de Québec.
Cela dit, il est légitime pour des élus d'être traités correctement et de toucher en chemin des hausses de rémunération raisonnables.
J'aurais aimé que M. Miller me rappelle pour mieux m'expliquer lui-même ce qui l'avait poussé à vouloir une augmentation si radicale.
Si j'ai bien compris, il invoquait deux raisons :
1 L'ampleur de la tâche et de l'énergie que les élus y consacrent; il plaidait que les élus gagnent moins cher l'heure que les étudiants embauchés l'été.
Comme d'autres villes de la couronne nord, Stoneham s'est beaucoup développée ces dernières années. Elle a délivré en 2010 un nombre record de 129 permis de construction et la pression est forte pour améliorer les équipements, améliorer les services, obtenir une nouvelle école.
2 Le «besoin» de combler l'écart avec les salaires versés par des villes de taille comparable.
Difficile ici d'en juger. Le ministère des Affaires municipales ne compile aucune donnée sur les salaires des maires du Québec. On sait cependant que les salaires des élus de Lac-Beauport ont été doublés et que ceux de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier ont bondi de plus de 60 %.
Le gouvernement laisse aux élus locaux une grande latitude pour fixer leurs salaires, pour autant qu'ils respectent les planchers et les plafonds.
À Stoneham-Tewkesbury, le minimum est de 7000 $; le maximum, près de 93 000 $, auxquels s'ajoutent des allocations de dépenses atteignant 14 951 $.
Il n'est jamais de bon moment pour hausser le salaire des élus ou des administrateurs publics. Le contexte voudrait toujours que l'on s'abstienne, même si c'est justifié.
Peut-être le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, vient-il de l'apprendre à son tour. Une hausse de salaire de 100 000 $ en un an.
Même pour le meilleur des recteurs et avec des statistiques comparatives favorables, ça passe mal : les universités crient au sous-financement et le gouvernement s'apprête à hausser les droits de scolarité des étudiants.
Pour ça non plus, il n'est pas de bon moment. Même quand c'est devenu incontournable.