Il est vrai que le dossier de l'amphithéâtre est reparti sur les chapeaux de roues depuis que Pierre Karl Péladeau a annoncé qu'il était prêt à y mettre beaucoup de millions de dollars.
Les promoteurs comme les politiciens et les collègues journalistes supputent toutes les hypothèses imaginables pour arracher beaucoup d'autres millions de dollars à un gouvernement fédéral récalcitrant.
La plus récente, soit l'utilisation du Fonds PPP Canada de 1,2 milliard $ malgré un interdit dans ses critères de tout soutien aux athlètes professionnels, fait beaucoup jaser.
Sa seule publication dans The Globe and Mail, hier, a suscité un torrent de protestations furieuses sur le site en ligne du journal. Je vous l'assure, il n'y avait là rien de sympathique ni pour les électeurs québécois prêts à vendre leur âme et leur vote, ni pour les conservateurs de Stephen Harper tentés de les acheter.
Je résume : la Saskatchewan a demandé 100 millions $ de ce fonds pour la construction d'un stade de football à Regina. Le projet contrevient de toute évidence aux critères d'admissibilité de cet organisme.
Mais les optimistes s'accrochent à une petite phrase sortie de sa documentation officielle selon laquelle «à la lumière des commentaires reçus, PPP Canada peut également réviser les critères lors des prochaines rondes afin de mieux servir ses clients».
Ah oui? Vérification faite au bureau de M. Flaherty, responsable de PPP Canada, on me répond que «c'est le ministre qui peut changer les règles du jeu».
Et avant même que je pose une autre question, le porte-parole du ministre me rappelle que «nous sommes dans une période de restrictions budgétaires», et que s'il doit y avoir un rôle pour le gouvernement fédéral dans ce dossier, ce rôle devra être «équitable et abordable».
Autrement dit, le gouvernement maintient sa position malgré le fait que le ministre Christian Paradis se dise encouragé par les derniers développements.
Même Maxime Bernier, dès le départ adversaire d'une contribution fédérale, a agité le paysage pendant quelques heures quand un journaliste du groupe Quebecor lui a fait dire qu'il était maintenant ouvert à un financement public.
Mais non, il n'en est rien. Le député de Beauce s'est vite inscrit au club des mal-cités en démentant l'information sur son site Web sous le titre on ne peut plus clair suivant : «Je n'ai pas changé d'avis sur le Colisée de Québec.»
Les conservateurs québécois jouent une bonne partie de leur avenir sur le financement du colisée, comme le démontre notre sondage d'hier, et Gilles Duceppe les pousse dans leurs derniers retranchements.
En demandant à Ottawa le même montant que celui promis par Jean Charest, il sait fort bien que M. Harper n'en fera rien. Il y a des gains partisans plus difficiles que cela, dans la vie politique.
Mais j'ai rarement vu Québec attirer autant l'attention du monde politique et médiatique canadien depuis la fameuse initiative des députés conservateurs en faveur du retour des Nordiques.
Hors du rayon d'action des radios locales, tout le reste du pays y a vu une vile tentative d'acheter des votes même si M. Harper a vite rejeté l'ultimatum de Régis Labeaume.
Car le premier ministre doit tenir compte du ressac électoral inévitable dans les autres provinces, s'il ouvre ses goussets pour Québec.
Et ne comptez pas sur M. Flaherty pour porter un chandail bleu à son tour. Il va plutôt siffler la fin de la partie.