Le panier de crabes...

(Québec) Ouvrir le Code du travail pour modifier la loi antiscabs à la lumière du conflit chez Quebecor, c'est un peu comme lancer une nouvelle ronde de négociations pour réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne. Dans un cas comme dans l'autre, cela équivaut à inviter tous les partenaires à table, avec chacun son panier d'épicerie. Un exercice risqué pour un gouvernement en difficulté...

C'est sans doute ce qui incite les libéraux à manifester autant de retenue devant le lock-out qui paralyse le Journal de Montréal depuis janvier 2009. Jean Charest a encore en mémoire la grogne syndicale qui a suivi la modification de l'article 45 du Code du travail en 2003, afin de faciliter le recours à la sous-traitance.

Les lois du travail reposent sur un équilibre délicat auquel les gouvernements préfèrent ne pas toucher quand tout va bien.

Le problème, c'est que les conflits chez Quebecor ont mis en lumière les difficultés d'appliquer la loi de 1978 sur les briseurs de grève dans les domaines d'activités fortement touchés par les changements technologiques. C'est le cas de la presse écrite, mais ce serait également le cas d'une maison de sondages syndiquée, par exemple, où il serait facile de contourner une grève en ayant recours à des scabs qui travaillent à la maison.

L'été dernier, les jeunes libéraux ont mis de la pression sur le gouvernement Charest et l'ont prié de revoir la loi. La CSN et la FTQ ont salué cette demande. La nouvelle ministre du Travail, Lise Thériault, tout comme Jean Charest, a accueilli cette proposition avec prudence. «Il faut laisser le temps à la résolution de faire son chemin dans les instances du PLQ», a-t-elle déclaré.

Le fait est qu'il y a deux discours sur cette question : l'un public, l'autre privé. Les syndicats, par exemple, veulent bien que l'on modifie la loi antiscabs, mais ils craignent qu'une fois le dossier entrouvert, le patronat en profite pour négocier la tenue d'un vote libre dans le processus d'accréditation syndicale.

Malgré ces réticences, l'interminable lock-out au Journal de Montréal accroît les pressions. Le 22 septembre, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une motion demandant au gouvernement «d'étudier la possibilité de moderniser le Code du travail, particulièrement en ce qui concerne les dispositions antibriseurs de grève, afin notamment de tenir compte de l'impact des nouvelles technologies». La présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui avait été consultée sur le libellé final, a reconnu qu'il y avait là un risque pour le mouvement syndical. Elle a dit craindre que le patronat ne profite de l'occasion pour revoir le Code à la baisse. L'ADQ a appuyé cette motion, mais en déclarant y voir une opportunité pour réviser le rôle des syndicats au Québec. Bref, tout le monde a appuyé la motion, mais pour des raisons différentes et souvent contradictoires.

Le député péquiste Guy Leclair, qui a déposé une pétition de 22 000 noms réclamant une révision de la loi antiscabs, estime que le cul-de-sac au Journal de Montréal amènera probablement la Commission parlementaire sur l'économie et le travail à se pencher sur cette question lors de la reprise des travaux parlementaires. Du côté libéral, on se montre beaucoup moins enthousiaste... Mais il devient évident que les députés ne pourront pas ignorer plus longtemps ce lock-out, dans l'espoir d'un éventuel règlement négocié.

C'est un panier de crabes que Pierre Karl Péladeau leur a mis entre les mains avec ses lock-out en ligne à Québec et à Montréal. À moins d'un revirement soudain et spectaculaire, il leur faudra bien y mettre le bout du nez...

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