Les Bambi du nouveau colisée

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<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Ça y est, c'est reparti.

La région de Québec se remet à rêver de nouveau colisée, de Nordiques et Coupe Stanley. Et il se passe des choses étranges. Probablement à mettre sur le compte de la fièvre du hockey.

Est-ce une impression? On jurerait que ceux qui réclament le plus fort des fonds publics pour bâtir un nouveau colisée sont les mêmes qui dénoncent les interventions gouvernementales, en d'autres circonstances.

Les mêmes qui pourfendent l'administration publique. Les mêmes qui se plaignent des impôts trop élevés. Les mêmes qui hurlent contre les déficits. Les mêmes qui voient poindre un grand complot socialiste derrière chaque formulaire gouvernemental.

Si je les comprends bien, le gouvernement devrait privatiser la santé, sabrer dans les programmes sociaux, congédier les trois quarts des fonctionnaires et couper les vivres à la Culture. Ensuite, il devrait s'empresser d'investir dans le hockey. Après l'État-providence et l'État Provigo, est-ce l'avènement de l'État des gérants d'estrade?

À tort ou à raison tout le monde semble convaincu que les gens de Québec veulent revoir les Nordiques. Même Stephen Harper. Même Jean Charest. Même le commissaire de la Ligue nationale, Gary Bettman, derrière sa fourberie légendaire.

On peut même se demander qui la Marche bleue du 2 octobre pourra encore convaincre. Le dalaï-lama?

Il y a des images qui ne mentent pas. Comme celles qui montraient les députés conservateurs de la région enfiler un chandail des Nordiques, cette semaine.

Quand on y pense, less élus ne risquaient pas grand-chose. Je veux dire, à part de passer pour une bande de joueurs de bingo néo-zélandais qui veulent se faire des amis à tout prix, vers 2h du matin, sur la Grande Allée...

Vous remarquerez qu'avant de défoncer la porte, nos députés ont bien pris la peine de vérifier qu'elle était ouverte. S'ils souhaitent le retour des Nordiques, ils ne se sont pas trop mouillés sur la nature de l'intervention fédérale. Bref, ils sont pour la vertu. Pour les courants d'air, mais contre les rhumes. Pour la poutine, mais contre les calories.

Les questions un peu trop compliquées, les députés bleus de la région les laissent à leur chef bien-aimé, Stephen Harper.

Pourquoi de l'argent à Québec et pas à Winnipeg ou à Edmonton? Ou à Hamilton? Ou à Regina? Pourquoi le hockey et pas le football? Surtout, si notre futur colisée constitue une occasion d'affaires sensationnelle, pourquoi les compagnies privées ne se précipitent-elles pas pour investir?

Bof. Si ça tourne au vinaigre, nos députés conservateurs n'auront qu'à se déguiser en courant d'air. Ils en ont l'habitude.

Oui, mais les discussions sur le nouveau colisée reposent sur du sérieux, direz-vous. Après tout, il y a la récente étude d'Ernst & Young. Celle qui dit qu'un nouveau colisée serait rentable.

Doucement. L'étude suggère que le colisée ferait des profits, mais une fois qu'il aura été payé. Par qui? Ça, c'est une autre histoire.

Les études sur la rentabilité des futurs stades, cela s'apparente toujours à un exercice de haute voltige. Aussi précis qu'une compétition de tir au pigeon d'argile, par une nuit sans lune, alors que chaque participant doit tirer avec les yeux bandés et avec une main attachée derrière le dos.

L'étude sur le colisée de Québec n'y fait pas exception. Comme d'habitude, on étire considérablement le bassin de clients du futur amphithéâtre. En allant recruter les touristes jusqu'à Charlottetown, à 921 kilomètres de distance, on arrive même à étirer le marché potentiel jusqu'à 9,1 millions de personnes. Surtout, on établit les revenus sans savoir quel genre de contrat de location négocierait une équipe de la Ligue nationale.

Est-ce qu'on se souvient que plusieurs équipes professionnelles veulent un loyer gratuit? Ou qu'elles réclament divers avantages, à commencer par la garantie d'obtenir tous les gadgets introduits dans les autres stades?

Vrai que dans le monde impitoyable du sport professionnel, Québec ne jouera jamais le rôle du tigre. Mais est-ce trop demander que d'éviter de jouer celui de Bambi, gambadant avec ses grands yeux naïfs, en attendant d'attirer le regard d'un prédateur, comme un gigot sur pattes?

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