Un accident de parcours

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(Québec) Le conseiller indépendant Yvon Bussières ne méritait pas d'être expulsé de l'assemblée du conseil lundi soir. Rien dans ses propos ou son comportement n'était indigne d'un élu.

M. Bussières a bien sûr bousculé le décorum en réclamant un droit de parole supplémentaire, puis en soulevant une question de privilège et en refusant de s'asseoir lorsque le président le lui a demandé.

Cela méritait un rappel à l'ordre, mais pas une escorte policière.

Le président du conseil, Jean-Marie Laliberté, a ici une part de responsabilités. En refusant d'entendre la question de privilège de M. Bussières, il a rompu avec les pratiques parlementaires habituelles.

Il est vrai que les élus de Québec abusent parfois des questions de privilège qu'ils soulèvent même lorsque leur honneur ou leurs droits n'ont pas été abîmés. On peut alors comprendre qu'un président d'assemblée soit moins «réceptif» et veuille passer à autre chose.

Sauf que ce n'était pas le cas lundi soir. Jusqu'à l'incident, les débats étaient même plutôt posés.

Les choses ont commencé à se gâter lorsque M. Bussières a mis en doute l'opportunité pour la Ville de vendre des tableaux acquis par la mairesse Boucher. Son ton était correct et son sujet, légitime. Sans doute n'était-il pas nécessaire de suggérer que «la vente de garage» allait servir à «payer la gomme balloune au club de hockey des Nordiques». Mais il n'y a pas de quoi en faire un plat. On est en politique quand même.

La réponse du maire fut cinglante et condescendante. Il a accusé M. Bussières de faire du «petit opportunisme politique dégouttant». C'est devenu une habitude quand le maire n'aime pas la question.

Lorsque M. Bussières a voulu répliquer, le président Laliberté a coupé court, estimant qu'il avait épuisé ses trois minutes.

Dans les faits, M. Bussières n'avait parlé que deux minutes et demie, mais personne ne s'en est aperçu sur le coup. M. Bussières a fait valoir que des élus de l'équipe au pouvoir avaient obtenu plus de trois minutes. Il en voulait plus lui aussi.

Depuis qu'il préside le con-seil, M. Laliberté a souvent usé de son pouvoir discrétionnaire pour «étirer» les droits de parole des élus, y compris pour l'opposition. «Je suis là pour permettre aux élus de s'exprimer», dit-il.

M. Laliberté est en général plus souple et moins à cheval sur la lettre du règlement que l'a été M. Bussières à l'époque où il présidait le conseil. Avec pour résultat que le conseil de M. Laliberté tourne rondement et trébuche moins sur les débats et délais de procédure.

Le danger est alors que des élus se sentent lésés de ne pas profiter équitablement des «largesses» de la présidence. C'est ce qui s'est produit lundi soir.

Même si M. Labeaume est populaire, des voix d'opposition sont souhaitables au conseil.

Quoi qu'en dise parfois le maire, l'opposition n'a pas paralysé l'hôtel de ville ni posé de questions déplacées au cours des dernières années.

Je ne veux pas banaliser l'expulsion de Bussières, qui compte pour 50 % de cette opposition.

Cette expulsion est regrettable, mais n'est encore qu'un accident de parcours.

Bien différent de cet épisode du début des années 80, lorsque le maire Jean Pelletier avait lui-même tenté d'expulser physiquement le chef de l'opposition d'une conférence de presse.

Reste que plusieurs commencent à voir des similitudes entre les attitudes des maires Pelletier et Labeaume à l'endroit de l'opposition.

À la différence que les reproches à M. Pelletier sont arrivés en fin de régime, alors que M. Labeaume en est seulement au début.

L'incident de cette semaine et les accrochages avec l'opposition auront en fin de compte l'effet contraire de celui qu'une administration pourrait rechercher : donner à l'opposition une visibilité et une importance qui vont bien au-delà de son poids politique réel.

 

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