Le glas du rêve américain

(Québec) Le maire Labeaume sonne le glas du rêve américain

La fin de ce qui fut le modèle de développement dominant depuis la dernière grande guerre : celui du bungalow au bout de l'autoroute et de son entrée de garage généreusement nettoyée à la «hose».

Dans un discours qui fera époque, le maire de Québec annonce son intention de mettre un «frein à l'étalement urbain» et de faire une «meilleure utilisation de notre territoire».

Cela commence par une protection du bassin versant de la prise d'eau potable de la ville, sur la rivière Saint-Charles, et par un contrôle accru de la consommation d'eau potable.

Un plan de «mobilité durable» incluant de nouveaux modes de transport viendra compléter dans quelques jours ce virage vert. Ce plan visera à rendre Québec moins dépendante de l'automobile.

«C'est un changement de philosophie majeur pour la Ville», prévient le maire Labeaume.

Aucune des idées évoquées lundi n'est vraiment nouvelle. Des universitaires, des citoyens engagés et des militants de l'environnement en font la promotion depuis plusieurs décennies. Ils ont souvent été inspirés par des villes européennes.

Ce qui est nouveau, c'est que ces idées soient reprises aujourd'hui par un maire en exercice et avec l'intention déclarée de les mettre en pratique.

Par un maire qui, lui-même, ne prend pas l'autobus et que j'ai déjà présenté dans cette chronique comme un «maire américain» à cause de son approche, de son style et de ses valeurs. Le voici dans la mouvance des vieux pays.

Un maire issu du Parti vert ou de l'ancien Renouveau municipal n'aurait pas dit mieux.

Il faut saluer ici la détermination de l'administration Labeaume à pendre le virage d'un développement plus durable. Et surtout son audace à s'attaquer à un modèle de ville qui séduit encore une bonne partie de la population.

Dans les faits, on voyait venir depuis déjà un moment l'engagement de M. Labeaume. En campagne l'automne dernier, il avait dit vouloir faire de Québec la ville la plus verte au pays.

Le problème est que cette volonté ne se mesurait pas toujours dans les actions de la Ville, ce qui donnait lieu à des incohérences et contradictions.

Concrètement, Québec renonce à agrandir ses périmètres d'urbanisation dans le bassin versant de la prise d'eau du lac Saint-Charles. Il y aurait eu de la place pour 7000 nouveaux logements, mais Québec croit que cela mettrait en péril la qualité de «l'eau brute» à la prise d'eau.

Québec devra cependant composer avec le zonage actuel et les droits acquis des propriétaires. Cela veut dire que 900 nouveaux logements pourront quand même y être construits.

À entendre le maire, on comprend qu'il aurait préféré stopper dès aujourd'hui la délivrance de nouveaux permis de construction. Voire sortir manu militari les «pépines» des chantiers.

Les avocats de la Ville lui auront sans doute expliqué les difficultés et les risques de procéder ainsi.

Une partie seulement du bassin versant de la prise d'eau de Québec est située sur son territoire. Sans le concours des villes voisines, les efforts de Québec pour protéger sa prise d'eau auront une portée limitée.

L'administration Labeaume croit «essentiel» que la Communauté métropolitaine accepte un moratoire de 150 jours pour convenir des règles du développement futur.

Par exemple, l'interdiction de toute nouvelle fosse septique dans le bassin versant. Comme cela arrive parfois, le maire Labeaume n'avait oublié qu'un détail : en parler d'abord aux maires concernés.

Ceux-ci ont été échaudés par les hausses de tarifs impromptues imposées à leurs citoyens pour jouer au hockey dans les arénas de Québec.

J'imagine leur empressement à geler les projets de développement sur leur territoire. Puis à s'imposer des règles plus contraignantes avec le risque de perdre des nouveaux résidants et leurs taxes.

Pas sûr non plus que le gouvernement voudra forcer les villes voisines à se soumettre aux volontés de Québec, comme l'a évoqué lundi M. Labeaume. Jouer avec l'autonomie des villes est un sujet dangereux.

Des compteurs d'eau pour les commerces et les industries de Québec qui n'en ont pas encore. Mais ni compteurs ni mesures coercitives pour réduire la consommation d'eau potable des citoyens.

«Je ne suis pas en guerre» contre les citoyens et la «police de l'eau, j'ai de la misère avec ça», explique le maire.

Jusqu'à nouvel ordre, il préfère donc miser sur le bon exemple, sur l'information et sur la persuasion. En d'autres mots, il vous donne une dernière chance.

 

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