Lettre ouverte au maire Régis Labeaume

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(Québec) Cher Monsieur Labeaume,

Il n'y a pas si longtemps, votre franc-parler et vos manières de petit taureau faisaient sourire. Au début, même vos écarts de langage semblaient plutôt sympathiques.

 

Puis-je vous faire une confidence? Comme bien d'autres, je me réjouissais de voir arriver un maire un peu moins coincé à l'hôtel de ville. Un peu d'air frais, après la fossilisation provoquée par la mairesse Boucher.Et puis, avec le temps, j'ai dû me rendre à l'évidence.

Votre personnage grossièrement équarri, ce n'est pas un simple détail. C'est aussi un programme. Votre gros bon sens, c'est une excuse pour vous retrouver toujours du côté du plus fort. Une autre manière de justifier le conformisme.

On croyait avoir touché le fond du baril après vous avoir entendu dire qu'il y avait trop de démocratie à Québec. Ou qualifier certains employés municipaux de «crosseux de système». Sans parler de ce pacifiste que vous avez traité de «minable».

On croyait aussi que votre mépris envers l'opposition se limiterait aux airs de diva contrariée que vous affichez souvent durant le conseil municipal.

De toute évidence, nous étions encore loin du compte.

 

La semaine dernière, quand vous avez harangué des militaires en partance pour l'Afghanistan, on aurait pu vous confondre avec un croisé aux portes de Jérusalem. «Vous allez combattre des barbares», avez-vous éructé.

Des paroles qui auraient été rigolotes chez un garçonnet jouant le cow-boy guerroyant contre les Peaux-Rouges. Mais dans la bouche du maire d'une grande ville, c'est un tantinet inquiétant.

Même un inculte comme George W. Bush n'aurait jamais proféré une énormité semblable. Même Mister Bush avait compris que la plus sûre façon de perdre une guerre, c'est de méconnaître l'adversaire. En Afghanistan, les Soviétiques l'ont appris à leurs dépens durant les années 80. Même chose pour les Britanniques, qui avaient auparavant essuyé deux terribles défaites.

Dans son livre La grande guerre pour la civilisation, le journaliste Robert Fisk évoque des romans britanniques du XIXe siècle qui présentaient déjà les guerriers afghans comme des «fanatiques», des «scélérats» et des «démons à formes humaines». «L'idée qu'ils puissent avoir quelque raison de refuser que des étrangers envahissent et occupent leur pays (était) tout simplement hors de propos», écrit-il.

Mais je me demande pourquoi je perds mon temps à raconter cela. N'avez-vous pas fait le pari de parler avec le même simplisme du déneigement, des crottes de chien, de la commémoration de la bataille des Plaines, des boissons énergisantes, de l'Afghanistan, des Fêtes du 400e, du tramway, et j'en passe?

 

Cher Monsieur Labeaume. J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop. Mais depuis quelque temps, même quand je suis d'accord avec vous, votre attitude me paraît souvent déplacée.

Prenez par exemple le Red Bull Crashed Ice, qui voit chaque année des casse-cou dévaler une piste glacée dans le Vieux-Québec.

Comme vous, j'espère que la compétition reviendra. Mais je sais aussi que le Vieux-Québec, ce n'est pas Disneyland. Et que les gens qui habitent le secteur ont droit à un minimum de considération.

Alors quand vous vociférez contre les opposants et que vous léchez les bottes de la compagnie Red Bull, je me demande si vous ne confondez pas votre fonction avec celle d'un animateur de party de hot-dogs, lors d'un quelconque Noël du campeur.

Un autre maire aurait peut-être essayé de proposer un compromis. Un autre se serait peut-être inquiété des menaces reçues par le Comité de citoyens. Pas vous. Encore une fois, vous courez au-devant des applaudissements faciles. Vous préférez les flatteries de vos mignons de la radio, ces gens à qui vous avez pratiquement confié les clés de l'hôtel de ville.

À la fin, je vous concède qu'il ne s'agit pas d'une question d'intelligence, mais bien de dignité.

Jean Lesage a présidé la Révolution tranquille. Mike Harris a fait déferler la révolution du «bon sens». Et voici venue votre heure de gloire. Celle de la révolution rustre.

 

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