En raison de sa crédibilité et de son assurance, Mme Jérôme-Forget était essentielle à la réélection du gouvernement Charest. Maintenant que c'est chose faite, elle pourra préparer sa sortie, d'autant plus que sa circonscription est une valeur assurée pour les libéraux. Mais avant de le faire, elle entend bien traverser la tempête. On la brûlera en effigie s'il le faut, elle n'est pas du genre à fuir la controverse.
Il sera énorme, ce déficit que Mme Jérôme-Forget nous a finalement confirmé hier matin. On ne convoque pas les médias en point de presse à un mois d'avis du budget pour leur annoncer un petit déficit de 500 millions $.
C'est plutôt d'un trou budgétaire se situant entre 2 et 4 milliards $ dont il est question ici, et plus près du quatre que du deux, à mon avis.
C'est un recul important pour le gouvernement, qui a mis des efforts inouïs, depuis 10 ans, pour alléger la dette du Québec. On aurait pu imposer des coupes budgétaires, mais Jean Charest en a décidé autrement. «Nous allons maintenir les services essentiels», a annoncé la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, hier midi. Les services essentiels, c'est principalement la santé et l'éducation, qui comptent pour les deux tiers du budget. Dans un autre contexte, on pourrait augmenter les impôts ou la TVQ, mais pas en période de récession. Il faut stimuler l'économie au lieu de l'étouffer quand ça tourne au ralenti.
Ce retour aux déficits vient compromettre les petits acquis du Québec dans ses efforts pour diminuer la dette. Oubliez le Fonds des générations, le gouvernement n'y mettra pas un sou dans le prochain exercice financier. En 1998, le ratio de la dette par rapport au PIB était de 52,2 %. Au 31 mars dernier, il était de 41,6 %. L'objectif était de le ramener à 25 % en 2026.
À moins d'une reprise économique surprenante dès l'an prochain, il faudra revoir ces prédictions à la baisse.
Ces nouvelles portent un coup dur à la crédibilité de Mme Jérôme-Forget.
C'est elle qui nous a promis l'équilibre budgétaire en campagne électorale, pendant que l'Ontario et le gouvernement fédéral annonçaient déjà des déficits.
Sa crédibilité était telle qu'on voulait la croire, et qu'on l'a crue.
De là à soupçonner le gouvernement Charest d'avoir menti ou camouflé la réalité, il n'y a qu'un pas que les partis d'opposition ont franchi allègrement. Et comme si cela n'était pas suffisant, il y a cette perte énorme encourue par la Caisse de dépôt et placement du Québec, dont on connaîtra les détails dans deux semaines.
Jean Charest n'avait pas tort, à l'automne, de nous prédire une tempête économique. Ce qu'on ne soupçonnait pas, c'est l'ampleur de la tempête politique qui l'attend quand l'Assemblée nationale reprendra ses travaux le mois prochain.
Monique Jérôme-Forget tiendra le fort. Mais on l'a vu hier, lors de son point de presse : la pression sera énorme.
Elle sera sans doute la première, lorsqu'il y aura accalmie, à recommander à Jean Charest de se refaire une virginité aux Finances, en lui trouvant un successeur.