Comme si je n'existais pas

Chère Alice, (Infographie Le Soleil)

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Chère Alice,

Le problème que tu soulèves, c'est l'inadéquation du système de justice pour les victimes d'agression sexuelle. Tu m'excuseras de ne pas signer, j'aurais trop peur du regard des autres, mais je désire souligner ton courage pour oser dire comment le système de justice traite les victimes d'agression sexuelle. Dans mon cas (même si on m'a crue), il aura fallu neuf mois entre l'agression et le moment où il devait y avoir procès. Je leur demandais d'accélérer le processus, on m'a répondu que c'était comme ça pour pouvoir s'assurer que la victime ne retourne pas avec son agresseur-conjoint. Le système porte lui-même toutes les réponses. 

Le grand drame du système de justice, c'est l'absence d'écoute, qui fait ressentir de l'impuissance, alors que ce système devrait nous aider. Je me rappelle ma première rencontre avec la procureure de la Couronne. Elle me parlait, mais sans m'écouter, comme si j'étais transparente, comme si elle parlait à travers moi. 

Plus tard, j'ai appelé une procureure de la Couronne - une autre, parce que, contrairement à ce qui se fait pour l'agresseur, il n'y a pas de procureure attitrée à la victime -  pour lui poser des questions. Elle m'a répondu qu'elle ne permettrait pas qu'une victime se retire du processus judiciaire sans qu'elle rencontre une travailleuse sociale - encore une fois, c'est comme si je n'existais pas. 

Puis, la troisième fois, quand je me suis rendu compte que ce système-là risquait davantage de me briser que de m'aider, je me suis préparée : «Je ne témoignerai pas, car ça me cause trop de stress», et j'ai joué la cassette à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elle me dise qu'elle pourrait lancer un mandat contre moi. 

Pendant deux minutes, j'ai paranoïé. J'ai pensé que des policiers pourraient venir me chercher avec des menottes, mais c'était de la manipulation. Autre sentiment d'impuissance. Alors, quand Alice écrit, à propos du système de justice : «J'ai l'impression de ne plus m'appartenir, d'appartenir à tout le monde en même temps», je la crois, parce que le système de justice traite les victimes comme des pions; elles n'existent pas pour elles-mêmes. 

L'agression sexuelle m'a atteint dans mon âme, mon intimité. Mais ne pas avoir été écoutée par ce système de justice équivaut à une mort sociale. Comme Alice, je romps le silence pour dire que cette négation de la parole des femmes agressées, ça suffit! Merci aussi à toi, Alice. Avec la parole, je peux commencer à m'appartenir et exister...

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