Le modèle beauceron au Saguenay-Lac-Saint-Jean?

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La Beauce pique certainement la curiosité de bien des gens au Québec. On y retrouve un conservatisme des idées assez puissant, tout en constatant l'individualisme flagrant qui s'y retrouve. À ce niveau, l'image que la Beauce peut projeter est assez différente de ce qu'elle est vraiment, malgré le fait que sa capacité entrepreneuriale soit légendaire et bien réelle (quoi que mythique selon certains analystes).

Le tissu socio-identitaire beauceron est un facteur essentiel à la compréhension de la géoéconomie beauceronne. Malgré le relativement grand espace géographique sur lequel s'étendent les trois MRC beauceronnes, d'un endroit à l'autre, le tissu identitaire est très homogène. C'est un facteur à ne pas négliger lorsque l'on veut bien comprendre les tendances économiques de cette microrégion. D'ailleurs, ce facteur identitaire a été soulevé comme une des «règles» internes qui semble y avoir dans le milieu entrepreneurial beauceron. Parmi ces quelques règles, nous retrouvons aussi la non-concurrence interne, le soutien aux PME locales et la production sur mesure. Fait intéressant : malgré qu'un modèle géoéconomique standard présente la plupart du temps les efforts de recherche et développement comme étant un facteur clé au succès économique, le cas beauceron semble démontrer le contraire. La plupart de PME locales en Beauce n'ont pas les moyens de favoriser la recherche et le développement. Cette situation, nous pouvons encore une fois la rattacher au facteur socio-identitaire, qui présente les Beaucerons comme des «patenteux» qui peuvent lancer un nouveau produit sur le marché en usant d'une innovation endogène «maison».

Les choix qu'on fait les Beaucerons ont structuré complètement le milieu dans lequel ils vivent et pratiquent leurs activités économiques. Le peu d'investissement de la part du gouvernement autant dans les infrastructures que dans les autres projets de développement économique et la faible présence des entreprises extérieures a permis aux différents intervenants politiques de la Beauce de préserver le patrimoine culturel qui s'y trouve. La gouvernance fortement axée sur le milieu culturel, patrimonial et économique de la Beauce, qui produit bien souvent un état de confiance est indissociable de la géographie économique beauceronne... chose qui semble être absente du paysage saguenéen et jeannois.

Les Beaucerons n'ont jamais rien demandé. Ils ont toujours fait de la politique à contresens et ne se sont que rarement plaints des choix qu'ils ont faits. Malgré la présence d'une voie d'accès importante vers les États-Unis, une autoroute à quatre voies en construction depuis plus d'une décennie qui ne sera pas inaugurée dans l'immédiat (entre autres à cause du syndrome «pas dans ma cour»). Pendant ce temps, les infrastructures du Québec s'étendent. Une route à quatre voies est construite dans la Réserve faunique des Laurentides et les investissements se multiplient dans les régions près du pouvoir ou dans celle qui se mobilise bien souvent le ventre plein.

Les Beaucerons sont-ils alors des mous? Les entrepreneurs ne le sont certes pas... mais le Beauceron moyen, pour sa part, semble plonger dans une lourde léthargie. Il faut savoir que pour être véritablement beauceron et/ou y faire des affaires, il faut y être né. La Beauce est le fruit d'un construit social très intense qui s'est fortement imperméabilisé avec le temps. À preuve, la venue d'entreprises étrangères n'y est que très rare. L'image de clan uni qu'elle tend à montrer est loin d'être conforme à la réalité. L'entrepreneuriat beauceron réussit bien à masquer cette réalité. L'arrogance parfois très forte des entrepreneurs bourgeois beaucerons (souvent issus de l'École d'Entrepreneurship de Beauce) ne peut que nuire au positionnement de la Beauce sur le plan social et politique au Québec. Le fait pour les entrepreneurs beaucerons de se fier à la présence d'une main d'oeuvre quasiment exploitée pourra les surprendre à l'avenir. Une situation de presque plein emploi cache un mal qu'on ne saurait taire bien longtemps. Le modèle de géographie économique en place en Beauce est déficient et ce serait une erreur que de tenter de le reproduire.

Suivre le modèle beauceron est donc loin d'être aussi profitable comme les candidats conservateurs du Saguenay - Lac-Saint-Jean semble le dire. C'est montrer leur profonde incompréhension du modèle beauceron... Peut-être rêvent-ils recevoir autant d'appuis que leur collègue Maxime Bernier mais Mme Larouche, Mme Ste-Marie et M. Lebel : vous déchanterez bien le 19 octobre prochain.

Louis-Philippe Morasse

«Jarret noir» et candidat à la maîtrise en études et interventions régionales, UQAC

Saguenay

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