Assurance médicaments: l'iniquité du point de vue d'un pharmacien propriétaire

Les pharmaciens communautaires contribuent annuellement à quelque 350 000 heures... (Archives La Presse canadienne)

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Les pharmaciens communautaires contribuent annuellement à quelque 350 000 heures d'encadrement sans rémunération auprès des stagiaires inscrits dans l'une ou l'autre des facultés. 

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Le Soleil

En réaction au point de vue Iniquité pour les assurés des régimes collectifs d'Éric Tétrault publié le 20 juin dans l'édition papier du Soleil

Il est vrai qu'il existe une iniquité entre le public et le privé pour l'assurance médicaments. Vous affirmez que les honoraires des pharmaciens sont négociés et fixés par l'État. Je vous dirais qu'ils sont imposés par l'État. La seule fois que les pharmaciens ont menacé de se désengager de la Régie de l'assurance-maladie du Québec comme moyen de pression pour protester contre la faible augmentation de nos honoraires payés par l'État, celui-ci a passé une loi spéciale nous interdisant de le faire. Le problème, c'est qu'au fil des années, la hausse des honoraires au privé a été utilisée pour compenser la trop faible augmentation des honoraires imposée par l'État.

Les honoraires payés par le gouvernement sont ridicules. Que ce soit pour une nouvelle ordonnance ou un renouvellement, que le médicament coûte 1 $ ou 3000 $, qu'il requière peu ou beaucoup de temps à préparer et à expliquer, c'est toujours 8,90 $ pour le servir. Lorsque j'ai commencé ma pratique il y a 24 ans, l'honoraire était d'environ 6,50 $. Pensez-vous qu'une augmentation de 0,10 $ par année est juste et équitable? 

Je ne suis pas un employé de l'État. Je suis un pharmacien propriétaire et un entrepreneur. J'ai investi de l'argent et du temps pour bâtir ma pharmacie et ma clientèle. J'ai pris des risques financiers. Je paie des salaires à mes employés qui travaillent très fort. J'ai un inventaire de 225 000$ en médicaments et un logiciel  pharmaceutique à soutenir. Comme toutes les entreprises, je paie un loyer, des assurances, des lignes téléphoniques, des immobilisations, etc. Je devrais avoir le droit de fixer moi-même les prix de mes services comme n'importe quel entrepreneur.

Contrairement à ce que vous affirmez, les gens ont accès aux prix des médicaments. Ils ont le droit de comparer les prix. Il est préférable qu'ils se rendent en personne dans les pharmacies avec leur liste. 

Les pharmaciens n'aiment pas donner leurs prix au téléphone parce qu'ils savent que les bannières se font passer pour des clients afin de connaître les prix de leurs compétiteurs. J'encourage les gens assurés au privé à comparer non seulement les prix, mais aussi les services. De grâce, laisser les assurés choisir leur professionnel de la santé en fonction de critères ne se limitant pas juste aux prix ou aux honoraires. La confiance, la compétence, l'accueil, la disponibilité, la proximité, la diversité des services et des produits offerts, etc. sont d'autres facteurs qui influencent leur choix. C'est la libre concurrence. J'ai peu de demandes de prix de la part de clients. Il faut croire que le prix n'est pas le critère absolu pour choisir son pharmacien.

Quant aux honoraires, il serait compliqué de les détailler et de les afficher. Les honoraires au privé varient en fonction du coût du médicament, du débit ou de la rareté de la vente, de la possibilité ou non de retourner le produit non vendu expiré, du temps requis pour préparer, donner l'information et les conseils associés à ce médicament. Si mon client paie avec sa carte de crédit, l'émetteur de la carte m'impose jusqu'à 2,25 % de frais. Pour un médicament courant pour le VIH à 700 $, c'est 17,50 $ que je dois ajouter à mon honoraire de base puisque je ne peux pas modifier les prix en fonction du mode de paiement de mon client. Quelle est la marge de profit brut que vous suggérez aux manufacturiers et aux exportateurs du Québec que vous représentez M. Tétrault? Probablement autour de 30 % à 40 %. Supposons que c'est 10 %, alors mon honoraire serait de 70 $. La RAMQ me donne 8,90 $ soit 1,27 %. 

Si un concessionnaire de voitures charge un taux horaire de 120 $ pour réparer votre voiture, un psychologue 80 $ pour faire de l'ordre dans votre tête, un physiothérapeute 90 $ pour débloquer votre articulation, pensez-vous que de payer 8,90 $ pour faire préparer votre médicament avec les conseils et le suivi qui s'y attachent (minimum de 10 à 15 minutes pour le pharmacien et son équipe technique) est déraisonnable, vraiment trop cher? C'est sans compter que je donne des informations et des conseils à mes clients au téléphone, au laboratoire et dans les allées à longueur de journée sans même charger d'honoraires. 

L'iniquité, c'est aussi dans la liste des médicaments. Les assurances privées sont plus généreuses et moins compliquées pour les assurés. Plusieurs médicaments ne sont pas couverts par la RAMQ alors qu'ils le sont par les assurances privées. Certains nécessitent des codes d'exception ou  des demandes spéciales d'exception qui doivent être faites par le médecin. Pendant que le médecin remplit de la paperasse, il ne fait pas de médecine. C'est ce que vous souhaitez? Expliquer ces détails aux clients, expliquer les prix facturés tels que franchise, coassurance, excédant non couvert, contribution maximale, etc., faire parvenir aux médecins ces demandes d'exception, rembourser rétroactivement le client lorsque la demande est acceptée... C'est moi qui fais  tout cela bénévolement. Pourtant, je ne suis pas un courtier en assurances pour le gouvernement. Je suis pharmacien.

Mes clients sont contents d'avoir un professionnel de la santé accessible, sans rendez-vous et dans un endroit agréable. Peut-être préférez-vous le système communiste dans le lequel l'État contrôle et impose tous les prix, les files d'attente, les pharmacies délabrées et sous-équipées de Cuba? L'iniquité est réelle. Certains pharmaciens exagèrent vraiment dans leurs honoraires au privé. Le gouvernement exagère tout autant en direction opposée. Un réajustement est souhaitable. Au lieu de dénigrer le travail et les honoraires de tous les pharmaciens, vous devriez faire pression pour que les assureurs privés et le gouvernement analysent la valeur réelle du travail des pharmaciens pour la population. Vous allez être surpris à quel point nos services sont économiques et appréciés par tous les assurés au Québec. 

Si un jour vous perdez la santé, vous serez plus en mesure de nous apprécier à notre juste valeur. Lorsque la secrétaire de votre médecin vous dira que vous allez devoir attendre deux mois pour avoir une réponse à vos questions de santé ou pour faire renouveler vos ordonnances, il se peut que vous vous rendiez chez votre pharmacien pour essayer d'obtenir des réponses ou un prolongement de vos ordonnances.

Denis Boissinot, pharmacien propriétaire

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