On dort au gaz!

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La présidente et chef de la direction de Gaz Métro, Sophie Brochu

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Le Soleil

En réaction au texte 42 millions $ pour le gaz naturel dans Bellechasse du journaliste Gilbert Leduc publié le 20 juin

Les gouvernements provincial et fédéral s'apprêtent à subventionner à la hauteur de 35 millions $ la construction d'un gazoduc entre Lévis et Sainte-Claire, dans la région de Chaudière-Appalaches. Les élus locaux ont bien fait leur travail en convainquant les instances politiques, en périodes électorales, pour leur arracher cette folle promesse. Le but est légitime : offrir aux entreprises une option énergétique moins coûteuse que le propane ou le mazout, le gaz naturel. Ce faisant, les municipalités prochainement desservies devraient, pense-t-on, favoriser le maintien des entreprises déjà implantées chez elles, en réduisant leur facture énergétique de chauffage et de procédés, mais aussi attirer plus facilement de nouvelles entreprises. 

En y regardant de plus près, notre bien commun sera redistribué à quelques riches entités privées. L'argent de nos impôts servira, d'une part, à subventionner la bien-portante société Gaz Métro à étendre son réseau de distribution et, d'autre part, à subventionner des entreprises privées dont la principale concernée, l'usine de Ste-Claire appartenant à la multinationale Kerry Group, qui consomme le tiers de l'énergie des quelque 115 industries, commerces et institutions devant constituer la clientèle potentielle de la future desserte Lévis - Saint-Damien. Mais il appert maintenant que la desserte s'arrêtera à Sainte-Claire, aux deux tiers du tracé projeté, le dernier tiers du parcours de la desserte représentant un «fardeau additionnel» aux dires de la présidente de Gaz Métro, Sophie Brochu. Considérant les coûts de la distance à parcourir pour brancher les derniers clients, l'extension du réseau jusqu'à St-Damien n'en vaudrait pas la chandelle...

Gaz Métro déploie beaucoup d'énergie à prétendre que son gaz «naturel» est une option environnementale plus propre que le propane ou le mazout, alors que le gaz n'est que 17 % «moins pire» que le propane et 30% «moins pire» que le mazout quant aux émissions de GES (gaz à effet de serre). Comme le pétrole, il s'agit d'une énergie fossile, emprisonnée sous terre depuis des millénaires, qu'on brûle et retourne à l'atmosphère sous forme de CO2, le principal gaz responsable des changements climatiques. 

Le combustible qui sera acheminé par gazoduc ne générera pratiquement aucune retombée économique dans le milieu à être desservi, une fois les travaux de construction terminés. On estime que l'exploitation du réseau créera 0,5 emploi direct dans la région, par la suite. De plus, comme le gaz utilisé provient de l'extérieur du Québec, cet achat se traduira encore par une fuite de capitaux dans l'économie régionale comme dans la balance commerciale du Québec. Enfin, rien ne garantit aux entreprises nouvellement captives de cette forme d'énergie que le gaz restera à meilleur marché que les autres combustibles, comme l'ont montré les indices de prix des dix à vingt dernières années. 

Si le gouvernement du Québec était plus cohérent dans son discours de développement durable, de promotion de réduction des GES et de développement économique, il aurait accepté de prêter l'oreille aux alternatives énergétiques des autres formes d'énergies renouvelables, dont la biomasse forestière, sous forme de granules de bois, par exemple. Après la consultation de 2013-14 de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec et la récente consultation sur la Politique énergétique du Québec 2016-2025, les arguments à la faveur d'une utilisation accrue de la biomasse forestière ont été maintes fois présentés : réduction marquée des GES, réduction marquée de la facture énergétique comparativement au mazout et au propane, avec 100% des retombées économiques demeurant en région et au Québec. 

Dans le cas de Bellechasse, si la conversion au gaz naturel doit permettre d'éviter l'émission de 6 000 tonnes/an de GES, une conversion à la biomasse permettrait d'en éviter 20 000 tonnes/an! Si la facture d'énergie des entreprises devait représenter 5 millions de dollars par année en achat de granules de bois plutôt qu'en achat de gaz naturel, toute cette masse d'argent serait versée à des producteurs locaux et régionaux de la chaîne d'approvisionnement. Cela fournirait du même souffle un coup de pouce à une industrie forestière malmenée et à des producteurs forestiers en quête de nouveaux débouchés pour leur bois de qualité inférieure.

Si les politiciens pouvaient accorder un peu plus de support à la filière naissante de la biomasse-énergie, le projet visant à substituer le propane et le mazout dans Bellechasse aurait pu prendre une tout autre tournure, plus écologique, plus durable, plus économique pour la société et tout aussi avantageuse financièrement pour les entreprises et institutions régionales.

Jean-François Côté, ingénieur forestier, Consultants forestiers DGR, Québec 

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