24 heures à l'urgence

Nécessitant impérieusement des antibiotiques, un dimanche soir, pas le choix :... (Photothèque Le Soleil)

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Nécessitant impérieusement des antibiotiques, un dimanche soir, pas le choix : c'est l'urgence de l'Hôtel-Dieu de Québec. J'embarque dans le couloir étroit et entre dans la salle d'attente pas plus grande que mon salon. Tout le monde me regarde. À peu près douze personnes sont assises là.

Vingt minutes plus tard, j'ai accès au guichet des  cartes d'assurance-maladie et de l'Hôtel-Dieu. Je suis membre en règle. Une heure après, on nomme mon nom dans l'étroit bureau appelé «Triage». Ma salle de bains est plus grande que ça. L'infirmière me branche le doigt dans une pince et me place un thermomètre sous la langue. Tout a l'air beau, mais mon cas nécessite un médecin pour la suite des soins. L'infirmière aimable et compréhensive, me dit : «Je suis désolée, mais il y a trois heures d'attentes pour le médecin.»

Je commence à comprendre les faces tristounettes des patients qui, eux aussi, attendent! Une dame me dit : «Elle vous a dit trois heures d'attente aussi?» Je la regarde et réponds : «Oui, Madame!» La pauvre dame a une joue enflée et se la tient comme pour l'empêcher de  tomber. Un abcès aux gencives, c'est sûr! Elle n'a pas envie de rigoler. Moi non plus! Mais si tu n'entres pas sur une civière, au seuil du trépas, tu attends trois heures.

Enfin, vers onze heures, on m'appelle. Un préposé me guide dans un autre étroit couloir, et me montre une chambrette de huit pieds sur cinq et me dit : «Veuillez  vous déshabiller et passer la jaquette qui est là». Traduire par : je passe la nuit là! Je pense à un mot français de cinq lettres mais je souris en disant «merci».

Une infirmière vient me voir et m'explique que le médecin spécialiste passera me voir dans la nuit. Elle me montre mon verre d'eau avec  paille et l'urinoir. Auriez-vous besoin de quelque chose? Je réponds : «Oui, une pilule pour dormir!».

Elle me répond : «Désolée, mais aucune pilule sans prescription du médecin». Je repense au même mot français de cinq lettres, mais souris à cette infirmière fort aimable. Je ne dors pas sans cette pilule. Alors, elle tire mon rideau mais laisse, à ma demande, deux pieds d'ouverture. Et là, je vois et j'entends. Un carrousel de préposés, d'infirmières, d'immenses civières armées de bouteilles d'oxygène transportant des malades faisant pitié, ayant du mal à tourner dans les allées étroites de cette salle d'urgence, qui devrait être dix fois plus grande! À travers ça, un grand, grand bonhomme passe toutes les demi-heures avec un large balai. On dirait un des hockeyeurs de la LNH. Il est de bonne humeur et les infirmières lui font des blagues puisque je les entends rire. Des rires  d'étudiantes! Ça réconforte! Elles ont du coeur au ventre ces filles-là, tiraillées de partout, par les appels des chambrettes, je les trouve admirables. Toutes sans exception! Penchées sur leurs  ordis, triant des feuilles, écrivant des rapports manuellement, répondant aux appels, seringues en mains, chassant l'air avant injection, parlant doucement et réconfortant certains, certaines, bien plus malades que moi! Ces femmes tout comme ces préposés, sont une élite de la société! Travailler dans de telles conditions de manque de surface est inconcevable! En enlevant les ordis, et les  sonneries incessantes des contrôles électroniques en tous genres, on dirait dans une salle d'urgence des années vingt!

La médecin est arrivée vers trois heures du matin. Attentionnée, compréhensive. J'aurai deux injections d'antibiotiques en intraveineuse. Et elle me dit un mot réconfortant, elle me sourit, et s'en va.

Je n'ai certes pas dormi de la nuit. Le cirque ambulatoire, les rires sous cape des infirmières, les sonneries en tous genres et parfois des plaintes discrètes de malades en souffrance te rappellent à la réalité.

Tu comprends pourquoi tu as tant attendu. L'Hôtel-Dieu, aussi vieux  que le Canada, a échangé ses soeurs grises contre un corps infirmier qui fait honneur à l'Histoire du pays. J'écris cela parce que c'est plus que vrai, et on se doit de l'écrire!

Philippe Édouard Damiens, Québec

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