«Discuter de quoi?» Encore faut-il pouvoir discuter!

Alors que cette grève s'est amorcée sur fond... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Alors que cette grève s'est amorcée sur fond de contestation contre les mesures d'austérité, notamment les coupures sans précédent dans les services publics, elle a pris un nouveau tournant lorsque des mesures juridiques ont été entreprises pour forcer la tenue des classes, avancent les auteurs.

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Le Soleil

Nous sommes le 8 avril. Plusieurs associations étudiantes sont toujours en grève. La question est: pourquoi? D'aucuns ont parlé de mouvement «extrémiste» qui n'avait aucune considération pragmatique. D'autres avancent que la grève étudiante n'existe pas, ou même qu'elle est carrément illégale. La situation présente, incluant les récents événements à l'Université du Québec à Montréal et sur les divers campus de la province, nous pousse à publier cette lettre qui cherche à mettre en lumière les dangers qui pèsent sur la possibilité de s'exprimer politiquement.

Alors que cette grève s'est amorcée sur fond de contestation contre les mesures d'austérité, notamment les coupures sans précédent dans les services publics, elle a pris un nouveau tournant lorsque des mesures juridiques ont été entreprises pour forcer la tenue des classes. Cette pratique, dénoncée précédemment par la commission Ménard, revient maintenant à l'avant-plan. En tant qu'étudiants et étudiantes, elle nous semble à plusieurs titres contre-productive, dangereuse et injuste.

Contre-productive, parce qu'elle remet en cause le dialogue à l'intérieur des associations et menace leur légitimité à prendre des décisions et à les rendre effectives - ces associations dont, par ailleurs, la Cour supérieure a rappelé, contre Laurent Proulx, la constitutionnalité. La grève, en effet, est une décision collective qui découle d'une discussion associative où chaque point de vue peut être exprimé. Comme l'affirmait justement le ministre François Blais, tous et toutes devraient, quelque soit leurs opinions, se présenter massivement lors des assemblées générales afin de se faire entendre, qu'ils et elles soient pour ou contre la grève. Or, les injonctions, en allant contre les grèves votées en assemblée, renient la pertinence des associations étudiantes patiemment et savamment bâties depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l'accréditation des associations étudiantes.

Dangereuse, car elle nie la possibilité même du dialogue social et des luttes collectives, luttes qui ont accompagné le développement de la société québécoise depuis la Révolution tranquille. Rappelons que la grève étudiante a notamment permis l'accélération de la construction du réseau des Universités du Québec tout comme le gel des frais de scolarité, et ce, en vue d'élargir l'accès à l'université. Le recours à l'injonction d'urgence constitue une préconisation du droit individuel aux dépens du droit collectif et des principes de justice et d'équité pour tous et toutes qui l'animent. Il porte directement atteinte aux structures sociales de dialogue dont les Québécois et Québécoises se sont dotés historiquement. De plus, les injonctions braquent inutilement les uns contre les autres les administrations des institutions postsecondaires (sous haute pression) et les étudiants et étudiantes. Ces deux acteurs ne devraient-ils pas plutôt s'allier contre les compressions catastrophiques dans les milieux du savoir?

Injuste, parce que les injonctions, en tant qu'elles constituent une voie parallèle à la démocratie, ne devraient pas permettre d'outrepasser la décision collective des membres d'une association. Elles sont utilisées à mauvais escient, comme outil pour faire taire l'expression collective en coupant court aux débats et fait de la justice une chape de plomb qui paralyse à la fois les individus et les associations. De fait, elles s'inscrivent dans une optique d'instauration d'un climat de peur au sein des universités et des Cégeps et elles alimentent et justifient la répression à laquelle font face les étudiants impliqués dans l'action politique.

En somme, au lieu d'assister à un débat de fond, nous sommes maintenant pris et prises dans un débat de forme. Si nous poursuivons aujourd'hui la lutte, si nous sommes encore en grève, c'est surtout pour réaffirmer et pour défendre la légitimité de nos moyens d'action en tant que mouvement social, particulièrement face à des administrations et à un gouvernement qui se ferment toujours plus au dialogue. En ce sens, nous sommes solidaires des associations étudiantes à Sherbrooke et à Québec qui ont plié sous la menace des injonctions. Dans la même perspective, nous dénonçons vivement les menaces d'expulsion qui pèsent sur certains étudiants militants de l'UQAM ainsi que l'intrusion des forces policières sur les campus.

Nous appelons les citoyens et citoyennes à la défense du droit légitime de s'associer, de manifester et de faire grève afin de conserver la possibilité d'agir collectivement et de se faire entendre!

 

Sont signataires:

- Félix-Antoine Gélineau (étudiant en philosophie, Université de Montréal),

- Marie-Hélène Gauthier (maîtrise en philosophie, Université de Montréal

- Félix Vincent Ardea (étudiant en philosophie à l'Université de Montréal)

-Loïc Minot, étudiant en littératures et langue française, Université de Montréal 

-Jonathan Durand Folco, doctorant en philosophie à l'Université Laval et chargé de cours à l'UQAM

-Olivier Lessard, Baccalauréat en psychologie - Université de Sherbrooke 

- Hind Fazazi (maîtrise en philosophie, Université de Montréal)

-Catherine Bouchard, Baccalauréat en enseignement au secondaire, univers social - Université de Sherbrooke

-Rushdia Mehreen, Graduate Students Association, Concordia University

-Olivier Doras (maîtrise en philosophie, Université de Montréal)

- Aurélie Bélisle-Richard (étudiante en philosophie, Université de Montréal)

-Alexa Conradi, présidente de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ)

-REPAC (Regorupement d'éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches)

-Yanis Taleb (étudiant en philosophie, Université de Montréal)

-Langis B. Duplain (étudiant en philosophie, Université de Montréal)

-Marie-Pier Caron, étudiante en sciences infirmières de l'Université Laval 

-Camille G. Grenon (étudiante en philosophie, Université de Montréal)

-Vania Wright-Larin, du REPAC 

-Marie-Eve Duchesne, du Comité Populaire Saint-Jean-Baptiste, Québec

-Camille Gauvin, étudiant en histoire à l'UQAM

-Patrick Noël, chargé de cours en histoire à l'UQAR et à l'Université de Laval

-Lina Leduc, (Maitrise en Sciences de l'environnement, UQAM)

-Samuel-Élie Lesage, maitrise en philosophie à l'Université de Montréal

-Philippe Hamel, étudiant en économie à l'Université Laval

-Juan David Molina Velasco, étudiant en arts visuel a l'Université Laval

-Steven Girard, étudiant en arts visuel a l'Université Laval

-Julien Labonté, étudiant en philosophie à l'Université de Montréal

-Jean-PhilippeGuay-Claude, étudiant en philosophie et sciences politiques à l'Université deMontréal

-José-Frédérique Biron, étudiante en Science politique, Université Laval

-Raphael Langevin, étudiant en mathématiques et économie, Université Laval

-Pascale Lafrenière, étudiante en sociologie à l'Université de Montréal

-Anne-Sophie Alain (maîtrise en philosophie à l'Université Laval)

-Kiven Poirier Fontaine (maîtrise en philosophie à l'Université Laval)

-Simon Baudoin (maîtrise en philosophie à l'Université Laval)

-Sophie Savard-Laroche, maitrise en philosophie à l'Université Laval

-Élodie Le Blanc Lainesse, étudiante en études cinématographiques, Université Laval

-Audrey Paquet, étudiante en philosophie, Université Laval

-Gabriel Dubé, étudiant en philosophie, Université Laval

-Lydie Ann Poliquin, étudiante en philosophie, Université Laval

-Michaël Morasse, pompiste, Ville de Québec 

-Jérémie Provencher, étudiant à la maîtrise en service social, Université Laval. 

-Sarah Gaudu,étudiante en philosophie, Université Laval

-Julien Jolicoeur Dugré, étudiant en philosophie, Université Laval

-LevisJonathan Emond - Maitrise en administration des affaires - Université Laval 

-David Bordeleau étudiant en philosophie et littérature, Université Laval

-Sébastien Lacroix, maîtrise en philosophie, Université Laval

-Maxime Fortin-Archambault, étudiant en philosophie de l'Université de Montréal

-Bernard Ducharme, doctorant en histoire à l'Université de Montréal

-Pierre-Elie Hupé, maîtrise en sociologie de l'Université Laval

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