«Je suis Paul», dirait un certain Charlie

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Pour tous les gouvernements confondus, la détresse sociale n'a que très peu de poids politique, déplore l'auteur.

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Le Soleil

Rarement un gouvernement n'a fait l'unanimité. Rarement, un gouvernement n'a fait réagir autant!

Ma première motivation à écrire cette lettre relève d'abord de ma profonde désillusion face aux gestionnaires de l'État, bien que celle-ci ne soit pas récente... mais surtout, je suis outré et choqué d'entendre en boucle ce discours qui traduit et renforce chaque jour l'image des bons papas qui font tout (et davantage!) pour nous, juste pour que l'on soit mieux et possiblement de meilleures personnes demain.... Qu'avons-nous donc à maugréer? 

Il est vrai que pour tous les gouvernements confondus, la détresse sociale n'a que très peu de poids politique. Désolé, mais moi, c'est Paul qui m'inspire... 

Le traitement des dépendances par exemple, s'adresse à une minorité de gens dans la vie de tous les jours. Pour ces individus, traînant le poids de leur détresse, l'égalité dans le berceau ne trouve aucun écho. Pour d'autres, et je prends ici le cas de Paul qui, en conférence de presse diffusée le 25 février qui indiquait en toute humilité qu'il a occupé le marché du travail pendant 30 ans comme un citoyen modèle jusqu'au jour où la toxicomanie l'a emprisonné dans ses griffes acérées et invisibles. Eh bien, de ces Paul, on en dénombre plusieurs autour de nous, silencieux, honteux aux prises avec cette détresse, cette dépendance qui ronge et détruit. Entre les lignes, on comprend bien que personne ne peut se vanter d'être à l'abri de cette détresse qui rôde. Ceux qui ont déjà perdu pied dans leur vie savent bien comment le « choc » peut se montrer sournois et sévère. Le vrai malheur à mon sens, est que l'on se sent concerné par la détresse de «Paul», uniquement quand on le côtoie ou on le connaît! Or, c'est une responsabilité collective non pas individuelle qui doit nous préoccuper! Non seulement elle existe, mais s'amplifie si l'on se fie aux statistiques colligées de différents organismes caritatifs. C'est bien vrai qu'essayer d'insuffler l'espoir à quelqu'un en détresse alors que l'intervenant ou l'intervenante est sur le respirateur artificiel envoie un message insensé. Faire plus avec moins est révolu depuis longtemps! 

J'oeuvre depuis 30 ans au sein de diverses structures gouvernementales et communautaires. Je m'explique plutôt difficilement que ce milieu soit potentiellement amputé d'une offre de services profondément humaine et vitale pour les plus désaffiliés de notre communauté alors que nous savons pertinemment très bien que la manne financière ne se retrouve aucunement au sein de ces organismes. Qui plus est, le milieu communautaire non seulement répond à un besoin direct de cette population, mais il permet aussi, et nous le savons tous, des économies substantielles au réseau public, donc à nous, contribuables! Ce n'est pas assez... Cette nouvelle ponction de services annoncée auprès des plus vulnérables, met non seulement en péril des organismes, mais ne fait que renforcer certains mythes à l'égard des plus démunis et accentue une profonde banalisation de la détresse humaine et sociale tout en méprisant l'ensemble des travailleurs.

Les professionnels et professionnelles qui oeuvrent au sein ces organismes communautaires de première ligne font un travail que plusieurs sous-estiment. Ils le font ce travail parce qu'ils y croient. La rétribution du personnel est souvent inversement proportionnelle à leur motivation. Et sans rire, notre gouvernement nous annonce des mesures qui touchent directement une population vulnérable et sans voix, donc propice aux coupures de services! Avec ce vortex qui souffle, la mort plane au-dessus des ressources aux missions humanitaires et déterminantes pour la vie de quelqu'un qui vient frapper à la porte soit pour manger, pour dormir, être traité et que sais-je encore.... 

Nos décideurs, pour plusieurs soi-disant génies des chiffres et de la gestion (un diplôme de médecine mène à tout, semble-t-il!) n'ont malheureusement que peu de compréhension de ce que notre travail comporte sur le terrain au quotidien. MM. Blais, Hammad et possiblement bien d'autres, êtes possiblement de ceux qui croient que pour 5000 $/mois, une thérapie offre de bien meilleurs résultats et une sobriété assurée. Vous confondez possiblement comme bien d'autres que la volonté de changer son mode de vie et retrouver une dignité rime avec l'argent déboursé! 

Se battre pour sa survie commande un minimum d'espoir, mais aussi de la résilience face à l'adversité. Cette adversité est la plupart du temps présente, dans le regard de l'autre, en nourrissant préjugés, mépris et méfiance. Ajoutons maintenant à ce coefficient de difficulté, l'adversité qui est générée par nos décideurs à l'endroit de nos concitoyens! Qui en est responsable? Cette fabrication de concept de déficit zéro ne sert que de paravent, de justification à des décisions qui traduisent les choix d'un gouvernement soi-disant plus que responsable! Responsable? Mais responsable de quoi au juste?

On entendra sur la place publique que chacun de nos interlocuteurs assume sa responsabilité, que chacun fait ou a fait sa part afin de préserver ces groupes fragiles. Donc, tous sont responsables et tous prennent les meilleures décisions! Alors quoi, notre lecture est encore erronée? Vraiment, on me prend pour un idiot! Non seulement on passe à la déchiqueteuse des politiques qui, déjà de peine et de misère, servent notre communauté, mais on laisse croire maintenant à une population médusée qu'une bonne job, qu'un maintien de son logis, qu'un réseau social sain et supportant tant qu'à y être, sera désormais accessible à tous et hop, la détresse sociale et la précarité de conditions de vie et de travail, sera réglée... ALLO!

Il m'est donc difficile d'associer les annonces actuelles à un gouvernement responsable! Ce leurre pour justifier l'assainissement des finances publiques s'appuie davantage sur un profond mépris des citoyens, mais aussi sur le regard tordu que l'on pose sur le travail humanitaire. 

Une chose reste claire sur le terrain, c'est que dans cette diarrhée de chiffres et d'interprétations aussi diverses que farfelues (lire ce que le dernier budget ne dit pas....vous verrez en 2016/2017!), ces pirouettes politico-administratives ne font qu'attiser la hargne et pénaliser les plus démunis pour le moment. Et peut-être qu'un jour, ce sera vous qui demanderez cette aide parce que cette vulnérabilité nous guette tous! Je suis un intervenant psychosocial qui, comme bien d'autres, se perd dans un dédale d'explications modulées, transformées, incongrues de nos décideurs qui noient les enjeux réels. 

La valeur de quelqu'un ne se calcule pas à sa tâche de travail, à son rang social ou à la voiture qu'il conduit! Tous doivent trouver leur dignité et nos décideurs ont cette responsabilité de mettre en place ce qu'il faut pour honorer cet accès à tous les citoyens. 

Le peuple québécois est docile certes, voire peureux si l'on se fie à l'appui accordé à un digne représentant de la loi pour un comportement qui heurte et émeut; silencieux, de moins en moins depuis quelques années et tant mieux, mais surtout, il n'est pas de dupe pour avaler une pilule que papa nous pousse de force dans la gorge en vantant ses mérites... On n'a plus quatre ans et mon père est mort depuis belle lurette!!!

Merci Paul!

«Je suis aussi Paul», dirait un certain Charlie...

Benoit Picard, Saint-Augustin-de-Desmaures

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