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L'auteur dénonce une médecine volumétrique, déshumanisante, faite de travail à la chaîne, qui pourrait bien avoir comme conséquence de mettre sur une voie d'évitement les patients les plus vieux, les plus vulnérables et les plus démunis.

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Le Soleil

Fébrile et coincée entre un ministre Barrette aussi hospitalo-centriste que têtu et plusieurs groupes de pression dont des médecins à l'aura sociale pâlie, mais à la bourse plutôt bien garnie, la population du Québec, à moins de sérieux amendements aux projets de lois 10 et 20 et 28, s'apprête à subir les contrecoups d'une très hasardeuse et très périlleuse réforme de la santé et des services sociaux.

Une réforme faite d'austérité budgétaire qui n'est pas sans rappeler le virage ambulatoire sur fond de déficit zéro tenté par Lucien Bouchard dans les années 90, avec la mise à la retraire forcée de milliers d'infirmières et de médecins. Une catastrophe majeure, dont on aurait espéré qu'elle serve toujours de leçon à tous les cowboys amateurs de rodéo social de l'arène politique québécoise.

Ici, loin de moi l'idée d'en rajouter au cynisme et à l'alarmisme ambiant, mais force est de reconnaître qu'en s'obstinant à vouloir virer le paquebot de la santé et des services sociaux sur une pièce de dix sous, l'inénarrable Gaétan Barrette pourrait bien mener le plus gros des vaisseaux québécois à un naufrage titanesque. Et le plus incongru dans l'affaire, c'est qu'on prend ce fabuleux risque en raison d'une «possible» économie de 240 millions $, un montant vraiment dérisoire qui ne fait même pas le quart des augmentations de salaire consenties aux médecins sur deux ans. Bonjour les priorités!

Une loi 10 qui bardasse et qui cadenasse

Cela dit, la loi 10, outre un gigantesque brassage de structures et un inutile court-circuitage des réseaux locaux, élimine des anciens conseils d'administration du circuit de la santé les quelque 3000 bénévoles qui s'y trouvaient pour les remplacer (dans les nouveaux centres intégrés) par à peine 200 personnes vraisemblablement rémunérées. Allô la représentation citoyenne!

De même, tout en éloignant physiquement la population des lieux de décision, cette loi passée au bâillon exclut aussi les sages-femmes des nouveaux conseils d'administration, une preuve de plus, s'il en fallait, que le bon docteur Barrette n'a que faire de ceux et celles qui prônent la complémentarité dans le travail avec une autre médecine que la sienne. Et cela, c'est sans compter la perte inhérente d'expertise en itinérance et en santé mentale, ainsi qu'au chapitre du logement social, de la prévention et de la promotion de saines habitudes.

Non à la médecine volumétrique de la loi 20

Autrement, comme on l'a entendu ad nauseam, la loi 20 est censée régler le problème des quelque 370 000 patients orphelins de la province (30 000 rien que dans la Capitale-Nationale) en obligeant les 9100 médecins omnipraticiens du Québec à hausser leurs quotas de patients de 1000 à 1500 par année. Rien de moins.

Là encore, à peu près tous les acteurs du milieu, à commencer évidemment par les médecins, s'accordent pour dire que cela aura pour effet d'entraîner une médecine volumétrique, déshumanisante, faite de travail à la chaîne, qui pourrait bien avoir comme conséquence de mettre sur une voie d'évitement les patients les plus vieux, les plus vulnérables et les plus démunis, outre de provoquer l'exode des médecins vers le privé ou la retraite anticipée. Question d'accessibilité aux soins, d'ailleurs, j'ajouterais que les personnes âgées et vulnérables de la basse ville de Québec n'auront pas besoin de la passation d'une loi 20 pour en vivre les effets néfastes puisque, à cause des coupes de budget, de l'attrait du privé et faute de personnel pour remplacer les départs à la retraite, les quartiers centraux sont littéralement en train de se vider de leurs cliniques, de leurs médecins et de leurs effectifs humains. D'où le profond désarroi de la population laissée pour compte...

Heureusement, il se trouve des initiatives comme la coop de santé SABSA (Coopérative de soins de santé. Service à bas seuil d'accessibilité) et la clinique mobile SPOT (Santé pour tous. Clinique communautaire de santé et d'enseignement) pour mettre un peu de baume sur les plaies et apporter un petit vent de fraîcheur et d'espoir.

Une solution connue, mais pas appliquée

Finalement, aux dires de bon nombre d'acteurs du milieu - et j'en suis -, une solution durable et toute simple pour une meilleure accessibilité aux soins tiendrait nécessairement compte d'une plus efficace répartition des actes médicaux entre médecins, infirmières praticiennes, pharmaciens et sages-femmes. Une répartition des actes, aussi, qui devrait se faire avec un plus juste partage des actes médicaux particuliers entre omnipraticiens et grâce à un arrimage du travail plus efficace entre ces derniers et les médecins spécialistes.

En outre, la rémunération des médecins pourrait se faire autrement qu'à l'acte et il faudrait enfin mettre sur pied une politique globale de la santé axée davantage sur la prévention et la responsabilisation de la population.

Une solution toute simple, mais qui nécessite de la concertation, pas de la confrontation.

On est bien mal barrés, j'vous dis.

Gilles Simard, pair aidant en santé mentale, Québec

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