«Personne ne va mourir de moins de prévention...» Justement oui!

Le premier ministre Philippe Couillard... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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Le premier ministre Philippe Couillard

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Le Soleil

Au premier ministre Philippe Couillard

Nous faisons appel à votre intelligence et à votre vision.

Le rétrécissement de la prévention qu'effectuent le ministre de la Santé, M. Barrette, et la ministre déléguée à la Santé publique, Mme Charlebois, est une erreur que vous devez arrêter. Les motifs administratifs qu'ils évoquent, trop faciles à faire avaler, illustrent pourtant leur inexpérience.

Toute la planète a reconnu en 2011, lors du sommet des dirigeants des pays réunis aux Nations-Unies à New York, que le mal qui est déjà en nous, les maladies chroniques, doit être pris de front par la prévention. Responsables de la majorité des coûts de santé, ces maladies sont évitables (nous n'avons pas dit guérissables), à 80 %.

L'accès aux «guérisseurs» occupe pourtant toute la place publique depuis des années, à tel point que le Québec ne consacre que 2% de ses dépenses de santé en prévention. Le Québec fait bien malgré tout parce que ses acteurs de la santé publique ont depuis longtemps travaillé avant la maladie, avant la porte de l'urgence.

Il y a moins d'un mois, une centaine d'experts de partout au Canada ont demandé à une seule province de venir expliquer son travail en prévention! Laquelle? Le Québec. «Ce que vous faites avec vos partenaires est unique», y a-t-on entendu! Nos ministres en sont-ils fiers? Quelle est leur réponse? On coupe 32 % des budgets des équipes régionales de prévention. «Mais il ne faut pas toucher aux services», aux guérisseurs. Les pressions actuelles du ministre sur les médecins ne visent que ça, encore plus de soins aux malades! Jamais n'évoque-t-on l'idée de: «moins de malades!!!»

Prévenir, c'est guérir

La compréhension des services de nos ministres se limite-t-elle à des services aux malades un à un? Par définition, prévenir exige d'autres «services» moins spectaculaires, invisibles disent certains, car la prévention s'adresse à des gens bien portants, à leurs habitudes et aux milieux où ils se développent, se logent, étudient, jouent, mangent, travaillent, se transportent, s'entraident.

Nous sommes donc les vilains fonctionnaires, plus faciles à éliminer, qui donnent ces «services» préventifs. Personne n'oserait couper 32 % des services hospitaliers ou 32 % des médecins. Un peu plus et on nous servira: «Personne ne va mourir de moins de prévention...» Justement oui, on meurt de maladies chroniques et d'accidents, pourtant évitables par la prévention! Nous réalisons avec les professeurs, les élus et travailleurs municipaux, les bénévoles et les professionnels de la santé, etc., des actions pour empêcher que la machine ne se brise et qu'il faille aller voir le réparateur!

Combattre l'industrie du tabac, favoriser la saine alimentation, assurer la qualité de l'eau et de l'air, réduire les accidents, dépister précocement, favoriser une vie active, vacciner avant les infections et même dénoncer les conditions de vie des socio-économiquement défavorisés qui cumulent en plus grand nombre tous ces problèmes, ce sont là les services que donnaient les «fonctionnaires» qui disparaîtront dans quelques jours.

Philippe Couillard, vous avez dit deux fois plutôt qu'une : «Si c'était à refaire je choisirais la santé publique». En devenant premier ministre, vous avez choisi de refaire la santé de la société, vous avez le pouvoir d'influencer tous les déterminants de la santé, c'est une noble spécialité. Nous vous implorons d'expliquer à vos ministres de la santé que couper la santé publique, c'est couper dans la solution. Vous pouvez insuffler cette vision préventive aux ministres de la Santé. Demandez-leur de s'investir dans l'autre moitié de l'équation, pourtant la plus rentable et la plus humaine; la prévention.

Vous avez signé en 2005 le premier rapport sur l'état de santé du Québec Produire la santé affirmant que la prévention a expliqué 70% de nos gains en santé au cours du 20e siècle. Faites relire votre rapport aux ministres Barrette et Charlebois.

Dr Richard Lessard, ex-directeur de santé publique, Montréal

Dr Robert Maguire, ex-directeur de santé publique, Bas-Saint-Laurent

Dr Alain Poirier, ex-directeur national de santé publique du Québec

Dre Jocelyne Sauvé, ex-directrice de santé publique, Montérégie

(Les auteurs ont été directeurs de santé publique en régions ou au niveau national pendant les cinq années où Philippe Couillard était ministre de la santé et des services sociaux.)

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