Arrogance et ignorance

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Le ministre fédéral de l'Agence de développement économique, Denis Lebel

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Le Soleil

(Lettre adressée à Denis Lebel, lieutenant du gouvernement Harper au Québec)

Je suis révoltée par l'arrogance et l'ignorance (ou serait-ce plutôt de la mauvaise foi?) qui se manifestent dans les propos que vous avez tenus récemment lors de votre passage à Montréal.

L'arrogance, je vous la laisse. Mais il y a un remède à l'ignorance. Je veux remettre votre pendule à l'heure! J'ai été syndiquée toute ma vie, et j'ai travaillé au sein de plusieurs syndicats et d'une centrale syndicale.

Bien avant que les lois le permettent, en fait depuis plus de deux siècles, l'action politique a toujours été un élément fondamental de l'action des syndicats. Pourquoi? Parce que négocier des conventions collectives pour lutter contre l'arbitraire et les droits de gérance abusifs et améliorer les conditions de travail des membres ne suffisent pas, et de loin, à bien défendre les intérêts des membres, première raison d'être des syndicats.

L'État employeur, dans le cas de la grande majorité des personnes syndiquées du Québec, ne négocie ni ses réformes, ni ses diminutions de budget, ni son retrait de programmes sociaux, ni ses lois, ni la fiscalité... Faut-il vraiment que je poursuive?

Tout le monde est atteint. Les membres des syndicats comme les autres. Alors les syndicats doivent «prendre le taureau par les cornes» et travailler sur le terrain du politique pour faire ce qu'ils ont à faire, conformément à leurs statuts! Même la Cour suprême l'affirme!

Dois-je  rajouter que cela ne se fait pas en cachette? Les  décisions et les sommes nécessaires sont votées dans les  assemblées qui ont mandat de le faire.

Retournons au mois de juin 1991. La Cour suprême du Canada mettait alors un terme à une bataille juridique amorcée six ans plus tôt. En effet, M.Lavigne, un syndiqué ontarien, avait contesté le droit de son syndicat d'utiliser une partie de sa cotisation syndicale à des fins autres que la négociation et l'application des conventions collectives, particulièrement pour soutenir le Nouveau Parti démocratique lors d'une élection.

La Cour suprême a rejeté les prétentions de M.Lavigne et confirmé qu'il faut «que les syndicats aient à la fois les ressources et le mandat nécessaires pour leur permettre d'influer sur le contexte politique, économique et social dans lequel seront négociées les conventions collectives où se résoudront les conflits de travail».  

Elle reconnaît que «pour atteindre leurs objectifs légitimes et conserver l'équilibre indiqué entre patrons et employés, les syndicats doivent, dans une certaine mesure, se livrer à des activités politiques».

De plus, la Cour écarte l'idée selon laquelle le rôle du syndicat doit être limité à ses seuls intérêts liés à la négociation. «Les intérêts des travailleurs vont bien au-delà du caractère suffisant du marché financier qu'ils peuvent conclure avec leurs employeurs, et ne prennent pas fin à une ligne de démarcation artificielle entre les domaines économique et politique.»

Danielle Pinsonneault, Saint-Jean

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