Investir dans des mines d'art

La maison Augustine-Plamondon, à Saint-Raymond... (Photothèque Le Soleil)

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La maison Augustine-Plamondon, à Saint-Raymond

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Le Soleil

Dans l'édition du Soleil du 14 décembre, Lucien Lessard signe une lettre intitulée Avons-nous fini de payer... bandes de caves?. Des propos dénonçant la subvention de 309 500 $ accordé par la ministre de la Culture du gouvernement Couillard, Hélène David, pour assumer une partie de la restauration de la maison Augustine-Plamondon, située à Saint-Raymond.

En invoquant la célèbre phrase du poète Claude Péloquin - «Vous êtes pas écoeurés de mourir bande de caves! C'est assez!» - gravée dans la percutante murale du regretté sculpteur Jordi Bonet, M. Lessard fait une grave erreur. En fait, il fait outrage à la pensée de ces artistes phares du Québec. 

Si cette phrase du poète, libre penseur, Claude Péloquin est à ce point gravée dans l'imaginaire des Québécois, c'est grâce à la pugnacité de Jordi Bonet, qui se battit bec et ongles contre le puritanisme politique des années 70 et, surtout, pour que soit respecté la liberté d'expression des artistes. 

Jordi Bonet et Claude Péloquin savaient vivre debout! 

Si cette phrase est, aujourd'hui, et depuis plus de 40 ans, gravée au vu et au su de tous, sur une vaste murale du Grand Théâtre de Québec, nous le devons au fait que l'État a, à cette époque, investi dans l'art. Et cet investissement a contribué à l'éveil d'une liberté de pensée qui ne se nommait pas «libarté»!

Étonnamment, M. Lessard invoque cette phrase incarnant la vivacité, la clairvoyance et la résistance d'artistes pour critiquer l'investissement du ministère de la Culture dans un projet visant à bonifier, à Saint-Raymond, l'offre culturelle et touristique. Un projet visant à doter un village d'un lieu de diffusion culturelle et de formation pour les artistes. Quel étrange paradoxe! 

Le gouvernement n'accorde pas une subvention à Luc Plamondon. Il accorde son soutien à une municipalité qui s'est relevé les manches. Un village qui, grâce à la contribution de Luc Plamondon, peut assumer la moitié des coûts de cette restauration. Mais, au-delà de la restauration, ne faut-il pas prendre acte des dimensions structurantes et économiques d'un tel projet? Combien d'emplois seront créés? Combien de personnes se déplaceront dans cette région pour visiter ou bénéficier des services dispensés par ce lieu? Quelles seront les retombées économiques pour la région? Et, au-delà de la sacro-sainte logique néolibérale qui vénère les chiffres et la rentabilité, combien d'artistes en émergence pourront accroître leur «capital culturel» en fréquentant ces lieux?

M. Lessard conclut ses propos en affirmant «n'a-t-on pas refusé d'aider la municipalité de Natashquan pour la maison Gilles Vigneault?». 

Le gouvernement n'a jamais renoncé à aider la municipalité de Natashquan pour restaurer le site patrimonial Gilles Vigneault. C'est plutôt la Fondation patrimoniale Gilles Vigneault qui, pour diverses raisons, a renoncé à ces sommes du fait des lourds, astreignants et coûteux processus administratifs et techniques imposés par l'État. La Fondation patrimoniale a également renoncé à cette subvention en raison des propos irrévérencieux prononcés, particulièrement par les animateurs de radio-poubelles et leurs illustres auditeurs, à l'égard de Gilles Vigneault. Un artiste qui, contrairement à bien des politicailleux, n'a jamais fait l'objet d'allégation de malversation, de copinage; qui n'a jamais obtenu de primes pour des patients abandonnés ou de primes de séparation qui suffiraient à nourrir les enfants des quartiers pauvres du Québec pendant une année. Un artiste qui n'a jamais caché dans des paradis fiscaux ses honoraires pour ne pas payer d'impôts au Québec.

Si pour M. Lessard, l'abandon du projet de restauration du site patrimonial Gilles Vigneault à Natashquan constitue une bonne nouvelle, pour les gens de ce village du bout de la route et de toute la Minganie, cette annonce a eu l'effet d'une bombe. Au-delà de la restauration des bâtiments, il fallait voir, dans un tel projet, un investissement dans la culture, dans la mémoire de tout un peuple et la mise en place, à peu de frais, d'un moteur de développement économique. 

L'investissement dans des mines d'art ne fait peut-être pas gagner d'élection, mais il contribue à l'enrichissement culturel - et économique - tout en insufflant de la fierté et de la vivacité à tout un peuple. 

Soit dit en passant, les gens de Natashquan n'ont pas abandonné le projet de restauration du site patrimonial Gilles Vigneault!

Bernard Roy, Québec

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